Lettres pour Eloïse

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19 sept. 2019

Lettre de recommandation

eloise-3.jpgQuelle étrange démarche ! Quelle étrange époque ! Écrire une lettre de recommandation pour ma propre épouse ? Sans savoir qui la lira ? Car... qui êtes-vous, vous qui tenez ce papier entre vos mains ? Un homme ? Une femme ? Un ou une infidèle ? Un libertin, ou une libertine ? Un amoureux ? Une amoureuse ?
Peut-on écrire une lettre de recommandation sans savoir cela ? J’en doute. Mais je peux toujours essayer.
Ma seconde interrogation sera de savoir, si j’ignore qui me lis, quelles sont vos questions. Vous importe-il de savoir si elle est belle ? Drôle ? Si vous aurez envie de l’aimer ? De la séduire, ou d’essayer ? Espérerez-vous qu’elle tente de vous séduire, vous ? Cherchez-vous simplement une aventure sexuelle ? Désirez-vous plus que cela : une rencontre ? Une confrontation ? Un duel, peut-être ?
Éloïse est belle. Bien sûr qu’elle est belle. Elle est belle avec simplicité, avec naturel, avec sincérité. Elle est superbe ! Mon ravissement quotidien, au saut du lit, au travail, quand elle regarde ailleurs, quand elle me sourit. Ses boucles brunes, ses yeux bleus, son nez, sa bouche… Ses clavicules ? Puis-je évoquer ses clavicules, auxquelles mentalement je me raccroche quand je m’oublie ? Ses seins, leur rondeur, leur douceur, leur équilibre, leur simple perfection, ce bonheur à contempler. Suivez-vous mon regard ? Où découvrirez-vous, en elle, toute la beauté de la femme que je ne me lasse jamais d’admirer ? Sur ses hanches pleines, invitations aux baisers ? Sur la ligne de sa colonne, la rondeur de son cul, la fermeté de ses cuisses ? Imaginez-vous, qu’en lisant ces mots, elle secouerait la tête d’un air exaspéré ? Plongerez-vous votre regard entre ses cuisses, chercherez-vous à deviner la ligne parfaite de ses grande lèvres, l’humidité que vous espérerez faire poindre à leur orée ? La regarderez-vous fière, vous dominant de sa superbe, ou la contemplerez-vous alanguie sur ce lit ? Aurez-vous la chance d’être submergé par la tension de son buste, les proportions de ses bras tandis qu’elle vous chevauchera ? Aurez-vous le privilège d’observer ses yeux fermés, la douceur de son visage endormi ? Derrière mes propres paupières, je vois la lumière. Sur ses hanches, sur ses seins, sur ses fesses. Sa gloire sincère et incrédule. Vous la trouverez si belle, Éloïse. J’espère que vous trouverez les mots, ou les regards, pour le lui dire. Saurez-vous la convaincre ?
Éloïse est drôle, comme le sont les gens intelligents qui savent leurs limites, assez effrontée pour vous moquer comme elle sait (bien trop cruellement parfois) se moquer d’elle-même. Vous saurez lire son sourire dans les plis de ses yeux, dans la courbe de ses lèvres, dans la lumière de ses iris. Drôle comme peuvent être celles et ceux qui ont souffert, se sont relevés, sont retombés, se sont abîmés, ont désespéré, ou désespèrent encore. Je vous souhaite d’entendre son rire, j’espère que vous la ferez rire. Que vous chasserez la tristesse et la mélancolie, tout le gris qui parfois l’envahit. Pour entendre ce son que je ne saurais décrire, mais qui à chaque fois m’apporte le sourire, le bonheur, le plaisir. Éloïse est complexe, peut-être commencez-vous à le deviner ? Oh, bien sûr, vous pouvez passer à côté, peut-être que ce ne sera pas le sujet, pas votre sujet. Mais il m’arrive souvent de la regarder avec perplexité, de chercher à comprendre ses impulsions, ses émotions, le tourbillon qui l’habite et qu’elle contient à grand peine, cette cohabitation entre son intelligence vive, sa capacité d’analyse et cette précipitation qui confine parfois à l’autodestruction. Ne faites jamais l’erreur de sous-estimer ses mots, même les plus excessifs, sa sincérité est entière, comme sa colère. Saurez-vous chercher ce qu’elle recèle, entendre ce qu’elle ne dit pas, ce qu’elle n’entend pas ? Elle se dit féline, entendez-vous vraiment ce que cela signifie ? Aurez-vous le courage et l’envie de découvrir sa merveilleuse complexité ? Vous n’aurez peut-être pas envie de vous y frotter, peut-être préférerez-vous polir une de ses facettes, peut-être vous contenterez-vous tous deux de l’image qu’elle vous offrira. Gardez-vous de trop simplement vous y admirer.
Sa vraie beauté, son secret se dissimulent au-delà du tain.
Ne lui mentez pas. Soyez sincère comme elle le sera. Ne la trompez pas, ne la méprisez pas. Éloïse n’est pas un jouet, sauf si elle le choisit.
Car c’est là, je crois, une de ses clefs : le choix. Son choix, ses choix. J’espère que vous saurez les écouter. Vous devrez les respectez. N’entendez dans mes mots aucune menace (de ma part). Éloïse méprise les menteurs, elle hait les trompeurs. Je connais sa colère. Vous ne voulez pas vous y confronter.
Je vous inquiète ? Tant mieux. Comme chacun, Éloïse doit être respectée. Elle a trop vécu pour la naïveté, mais sa confiance et sa gentillesse sont offertes, sincères et vraies, vous pouvez certainement les mériter.
Car Éloïse est passionnée, et, c’est là, je crois, elle toute résumée. J’aime sa passion, sa colère, sa joie, son désir, toutes ces tempêtes que j’ai vu dans ses yeux, dans sa voix, sur son corps, en son sexe. Toutes ces tornades qui viennent briser ma tranquillité.
Je peux être son ancre ou son rocher, sa montagne si je voulais me vanter, elle est mon océan, parfois libre et conquérante, parfois câline et aimante, étale, frémissante. Toutes ces émotions qu’elle suscite en moi, je vous souhaite de les rencontrer.
Mais nous n’avons pas parlé de sexe, ou pas assez. Vous voulez être son amant, ou son amante ? Comment pourrais-je évoquer son étonnant mélange de violence et de timidité, de confiance et d’insécurité ? Je l’ai vue avec d’autres, je l’ai vécue sur moi, en moi, j’ai son goût sur ma langue à cet instant, le souvenir de sa cyprine sur mes lèvres, cet éblouissement qui me saisit lorsqu’elle me regarde vraiment, quand elle me touche, quant elle m’embrase. M’embrasse. La douceur élastique de ses seins, leur rondeur, leurs mamelons, la douceur de sa peau, la courbe de son cou, la perfection de son cul. Sa violence quand elle s’empale sur moi, le velours de sa langue sur mon sexe, ses doigts qui m’écartent et m’explorent, sa résolution quand elle m’attache, son impatiente confiance quand elle m’abandonne les rênes. Son énergie quand mon sexe la pénètre, sa résistance à mes coups de bassin, la sensation de ses chairs qui m’accueillent… Sa puissance. Toutes ces odeurs, ces sensations qui me submergent quand j’évoque ces souvenirs. Cette fascination quand je vois son attention, sa sensibilité, à quel point elle s’adapte aux autres, aussi, devenant pour chacune, pour chacun, l’adéquate réponse aux désirs, le réceptacle sincère de nos plaisirs. Jouir !
Je vous souhaite, tellement, sincèrement, de la rencontrer vraiment. Je suis même un peu (beaucoup) jaloux des facettes que vous découvrirez. J’espère, quant à moi, accéder à son cœur secret.

11 fév. 2019

Désir et désirs

J’étais dans ma voiture. Excité à bloc. J’atterrissais à peine, et, sur le parking de l’aéroport, je bouillais. Je savais que tu n’étais pas très loin, Éloïse. En train de travailler, mais sans doute pas pour très longtemps. Il était à peine 10h du matin, et la journée pouvait être à nous. L’après-midi, au moins. J’avais envie de toi, mais tu n’étais pas là, tu ne répondrais pas. Pas avant longtemps.
J’atterrissais et j’avais envie de sexe, sans vraiment savoir pourquoi. Envie, tout simplement. Du désir, brut, non dirigé, non contrôlé. Une chaleur dans mon bassin, une pulsation dans ma prostate. J’avais envie de sexe. De sexe, de n’importe quel sexe, mais de sexe. Pas du porno, du direct.
Je pouvais rentrer à la maison, attendre que toi aussi tu reviennes. Ou… nous pourrions aller en club, si je patientais. Si tu répondais. Si tu avais, toi aussi, envie.
Et pendant ce temps je discutais. Avec elle, et elle. Je t’envoyais des sms auxquels tu ne répondais pas, et elles répondaient, elles, à mes messages.
Jusqu’à ce que je réalise : j’avais envie de sexe, douloureusement, précipitamment, sans retenue ni contrôle. Du désir, brut.
Mais vous étiez trois ? Et je vous parlais, à chacune de vous – même si avec toi, je monologuais. J’ai eu un instant d’arrêt. A quoi donc ressemblais-je ? A un excité juste bon à défouler sa frustration en abusant de vous ? J’ai arrêté d’écrire, et j’ai relu mes messages. Du désir, oui. Mais aussi... des désirs.
Des désirs différents. Mon ton, mes mots, mes fantasmes… différaient tant selon les conversations. J’ai recommencé à écrire, non pas apaisé, mais émoustillé : oui, je ressentais un désir protéiforme, impatient, aveugle, et en même temps avec chacune d’entre vous il se métamorphosait, il s'incarnait, y compris dans des fantasmes qui ne se réaliseraient peut-être jamais. Un polydésir sincère. Un désir soumis, un désir dominant. Un désir homo, un désir hétéro. Un désir violent, un désir patient. Des facettes, des reflets, de vous, de nous. Non pas un oubli de moi, ou un manque de consistance : plutôt la souplesse de l’amant, qui retrouve avec chacune voire chacun différentes facettes de sa personnalité.
Une stimulation, un dialogue.
De mot à mot, de désir à désir, de corps à corps.
Je désire.
Je vous désire.

13 mai 2018

Ton plaisir, et le mien

Sylvain

Je crois que je bute sur cette notion de consentement. Que cela fait partie de ce qui inhibe depuis des mois une bonne part de notre spontanéité dans notre lit.

J'y suis tellement attentif qu'à la moindre hésitation de ta part, au moindre frémissement de déplaisir, je stoppe. Échouer à te faire du bien est décevant. D'ailleurs… plus le temps passe, plus les expériences se multiplient, plus je comprends que mon plaisir m'importe peu, que seul le tien, ou plus généralement celui de ma ou de mon partenaire, compte. Mon orgasme m'emmerde. Il siffle la fin de la récré. Bien sûr, il est plaisant. Mais il me bloque pour quelques dizaines de minutes. Il n'en vaut pas la peine.

Ton consentement, j'y suis tellement attentif que je ne m'impose pas, jamais. Si je tente une approche, je m'arrête au premier signe, même très vague, de refus. De manque d'envie. Comment faire monter ton désir dans ces conditions ?
Je devrais insister ? Chercher si c'est juste un manque de motivation ? Mais je suis comme tout le monde, je n'ai pas envie d'être repoussé par une personne que j'aime. Et puis non, c'est non.
Je pourrais m'y prendre autrement ? Bien sûr ! Selon mon humeur et la tienne, ce qui nous excitait hier nous laisse froid aujourd'hui, et nous ne sommes pas forcément toujours accordé, à cet égard. C'est normal.

Alors, j'essaie d'être parfait. Être présent malgré le boulot, pour toi, pour les enfants. Gérer au maximum tout ce qui t'emmerde. Jouer des muscles dans des débordements d'énergie autour de notre maison. Rester tendre et attentif, le plus possible. Tout en évitant de t'envahir, en te laissant ton espace, ta liberté, en ne te demandant rien, ou presque. Être le mâle que tu aimeras. Mais régulièrement, je doute. Est-ce celui que tu désireras ?
Alors, lorsque j'ai assez d'énergie, j'essaie plutôt de proposer. De t'amener à te projeter dans quelques heures de sexe. Des jeux. Des plans. Des projets. Cela marche… plus ou moins. Mais cela ne me donne pas l'impression d'être désiré. J'ai beau prendre mon plaisir par le tien, ou celui d'un ou une autre, finalement, je reste un animal primaire : j'ai envie qu'on ait envie de moi. J'ai surtout envie que tu aies envie de moi.

J'ai envie de te faire plaisir. De leur faire plaisir, de la même manière. La seule différence, c'est l'échelle du besoin.
Être la source de votre plaisir, celui qui donne, directement, c'est quelque chose que j'aime, profondément. Vous montrer aussi que j'aime ce que vous me faites, ce que nous faisons ! C'est quelque chose qui me définit viscéralement. Je suis un soignant. Je veux être celui qui fait aller mieux, de quelque manière que ce soit. J'en ai envie, j'en ai même besoin pour m'aimer. C'est mon métier, c'est plus largement l'essence de la (presque) totalité de mon rapport à l'autre. Bien sûr, j'ai des désirs, des fantasmes égoïstes. J'en ai réalisé certains. Ils étaient mieux lorsqu'ils étaient des fantasmes. J'irai plus loin, pour voir. Mais je n'en attends rien.
J'aime donner, mais c'est aussi ma façon de prendre. Ce n'est pas vraiment altruiste.
Je reviens là-dessus : ce besoin de faire du bien est très égoïste. C'est mon moteur de plaisir. Je le fais pour l'autre, oui, mais notamment – pas seulement, enfin je ne crois pas – parce que ça me fait du bien. Ce n'est pas une performance : je ne ressens pas le besoin d'être le meilleur amant, le plus dur, le plus viril, le plus dominant, le plus… même si des fois j'aimerais bien. Non, j'ai besoin de donner du plaisir, plus largement, de faire du bien, et de laisser ce souvenir. Je veux que ce soit ce dont on se rappelle, après moi. Surtout, surtout si c'est toi. La plus importante, toujours. Et de si loin… Tu penses que ce n'est pas égoïste ? Alors pourquoi ne prends-je strictement aucun plaisir à te voir dans les bras d'un autre, à te voir prendre du plaisir grâce à lui, à ce qu'il te fait ? Soyons bien clair : à ce moment là, je suis heureux pour toi, mais cela ne m'excite pas. Et le fait que cela ne m'excite pas m'attriste. C'est comme ça. J'ai appris à contrôler la jalousie (c'était facile, ça le sera tant que ma confiance en toi ne vacillera pas), et la peur surtout (c'est bien plus difficile, puisque ça repose sur ma confiance en moi). Mais de là à éprouver ce plaisir que certains et certaines évoquent parfois ? Ceux qui parlent de l'excitation, de la jouissance de voir leur partenaire prendre son pied – et donner du plaisir – à un ou une autre ? C'est quelque chose que je peux vaguement imaginer, mais, pas éprouver. Je n'y arrive pas. Quand j'essaie de me projeter dans ce plaisir, j'ai l'impression qu'il reposerait sur le pouvoir de te donner. Et… je sais à quel point je ne te possède pas, alors…

Alors quoi ?

Bah.

Je t'aime.

J'ai envie de te faire l'amour.

J'ai envie, aussi, parfois, de voir si je pourrais donner quelque chose à d'autres. Mais sans livrer la moindre parcelle de moi-même, ai-je une chance d'y parvenir ?


*************

Éloïse

Je crois que je suis pareil que toi : mon plaisir passe par celui que je donne à l'autre… c'est vraiment ce qui me fait le plus monter… alors, que faire ?
Je suis tellement mal en ce moment, je n'ai envie de rien, mis à part peut-être cette nouvelle rencontre, mais c'est juste l'attrait de la nouveauté, ce besoin permanent de voir si l'herbe est plus verte ailleurs, cette tendance à me blaser de ce que j'ai et de m'en lasser… Au final, tu es mon seul amant régulier, le seul qui arrive encore à se renouveler pour combler mes caprices. Mais jusqu'où je vais t'emmener ainsi ? J'ai aussi peur de me lasser, définitivement je veux dire, car je ne me leurre pas, mes baisses de libido sont aussi le signe d'une lassitude, heureusement temporaire. Car si je me lasse, qu'allons nous devenir ? Certes nous nous entendons à merveille, et le sexe n'est pas le seul fondement d'un couple, mais sans lui, n'allons nous pas devenir un couple de meilleurs amis ? Est-ce que le sexe différencie l'amour de l'amitié ?
Voici un peu le marasme dans lequel je me trouve en ce moment, et çà me déprime.. Je suis dans un sale cercle vicieux, j'essaie de m'en sortir, merci de ta patience te de tous ces efforts que tu fais au quotidien pour m'aider, pour être un homme parfait (j'essaie de ne pas trop culpabiliser, promis).
Je t'aime.

11 avr. 2018

Stop ou encore ?

Tout arrêter, ou continuer, mais sans plus rien dire, ou presque ?
Je suis d'accord avec toi : forte est la tentation de ces solutions. De leur élégante simplicité.



Hier, tu m'as simplement dit que tu avais déjeuné avec un homme, que tu feras certainement plus avec lui d'ici peu. Je savais que vous discutiez, je savais que vous y iriez. Mais voilà, à cet instant là, quand tu m'as dit ça, j'étais ailleurs. J'étais paisible, dans cette tranquillité d'esprit conférée par la nuit de folie que nous venions de passer ensemble, par le fait que nous étions juste tous les deux, par la tranquille distance de ta prochaine sortie.
J'ai de nouveau très mal vécu cette déstabilisation. Je me suis levé, je suis allé à la douche, et j'ai essayé de comprendre pourquoi j'étais mal.
De la jalousie ? Non. Toujours pas.
Une peur d'être remplacé ? Non plus.
Une remise en question du plaisir que nous prenons ensemble ? Non.

Alors quoi ?
Je ne sais pas vraiment.
D'abord, l'incertitude, toujours, pour chacune de tes nouvelles aventures. Je n'aime pas cette incertitude, même si je ne sais pas vraiment quel est son moteur, ce qu'elle implique réellement. Pourquoi elle me fait souffrir.
La tristesse, ensuite, de ne pas te suffire. Je sais que je ne peux pas être un autre amant que… moi-même. Ni une autre personne, en fait. Je suis moi-même, et les rares fois où j'ai essayé d'être quelqu'un d'autre, j'ai tout simplement été nul (mes excuses à celles auxquelles j'ai fait perdre leur temps en DM). Je comprends très bien que d'autres amant(e)s, d'autres personnes t'apporteront, à toi, quelque chose de différent, et je sais ce que cela nous apporte, pour nous. Tu vas mieux, tu apprends à déconstruire toutes ces saloperies inculquées dans ta tête depuis des décennies, qui t'intoxiquent et t'empêchent de profiter de la vie. Tu apprends à connaître ton corps, aussi, parce qu'ils et elles t'amènent sur d'autres chemins. Nous explorons aussi les nôtres, nous en découvrons de nouveaux, et j'ai appris à accepter que je ne peux pas tous les défricher pour et avec toi. Ça me va. Je sais que je t'aime, je sais que tu m'aimes, et que nos mains ne se quittent pas.
Alors quoi ?
Oui, j'aimerais te suffire. Oui, je sais que ce n'est ni possible, ni même sans doute souhaitable.
Mais moi ? Finalement, quel est mon problème ?
Je vois bien le poids des idées préconçues que la société m'a et que je me suis imposées. Je suis un romantique (ne rigole pas). Je veux être, oui, l'amoureux et l'amant idéal, celui qui te rendra heureuse. Et je suis triste de ne pas y arriver, même si je sais que ce n'est pas possible. Même si je sais que c'est à toi de trouver ton chemin vers le bonheur, que nous ne pouvons que t'y aider. J'ai beau savoir tout ça, cela ne chasse pas la tristesse.
Mais surtout, égoïstement, je suis triste de ne pas avoir besoin de plus. Triste de ne pas avoir plus d'envies, plus de désirs. Contrairement à toi. Tu me suffis, je le sais. Je suis heureux de passer du temps avec une autre, j'aimerais en passer avec un autre. J'ai des éclairs de désir animal qui me traversent parfois, des fantasmes « sales » – et parfaitement réalisables. Mais je ne me sentirais pas vraiment frustré de ne pas les réaliser. Je vois aussi la différence de désir – pour toi ou pour une autre. Je peux ronronner de plaisir et de fierté (on ne se refait pas) avec elle, être heureux de lui donner quelque chose d'un petit peu unique, mais je ne suis pas sûr de ce que j'en retire… Alors je me dis qu'il faut que j'explore d'autres chemins, avec elle ou d'autres, mais j'ai l'impression d'être un imposteur. Parce que je n'en ressens pas le besoin. Je ne suis pas frustré.
Il faudrait sans doute que j'accepte de perdre le contrôle, ou que quelqu'un arrive à me le faire perdre. Ce n'est pas gagné.

Bref.
Je te disais que ces solutions, tout arrêter ou ne presque plus rien dire, n'en sont pas.
Tout arrêter, je n'en ai pas envie. L'ouverture de notre couple nous a beaucoup apporté, à toi, à moi, à nous. Ça ne s'est pas fait sans heurt ni blessure. Nous avons fait des erreurs. Mais nous avons appris. Nous avons encore à apprendre. Je n'en ai pas envie, parce que tu aimes ça, parce que cela t'aide, parce que nous nous amusons bien – et n'est-ce pas le plus important ? Je ne veux pas te priver de ça.
Ne plus rien dire ? Tu sais aussi bien que moi que nous ne le supporterions pas. Ni toi, ni moi.
Et on n'a rien sans rien, comme on dit. Tout ce que l'ouverture nous a apporté, nous apporte et nous apportera… cela vaut largement ce que cela nous coûte. Car même ce que cela nous coûte nous apprend qui nous sommes.

Alors ? Nous allons continuer.

Je continuerai à te dire mes angoisses, mon irrationalité. Tu ne pourras probablement pas m'aider, mais je n'en ai pas vraiment besoin, j'ai juste besoin de savoir que je peux te le dire, au risque de t'énerver, de te frustrer, de te culpabiliser (même si ça me fait, moi, beaucoup culpabiliser – je n'arrive décidément pas à être l'homme parfait). J'ai besoin de savoir que tu vas m'écouter, que je vais pouvoir poser ces mots, qu'ils seront entendus.
Tout comme j'ai besoin de savoir que si quelque chose ne va pas, tu m'en parleras.

Je t'aime. Et ces mots là n'ont sans doute jamais eu autant de sens qu'aujourd'hui. Savoir que cet amour continuera à devenir plus riche, plus porteur de nuances et de significations, plus lourd de désirs aussi : c'est ce qui me confirme que nous sommes sur le bon chemin.

12 oct. 2017

Sixième lettre

J'ai écrit cette lettre le 12 octobre 2017, après les rencontres et les tempêtes estivales. On le sent, que j'essaie de me convaincre ?

Des mois ont passé. Nous avons traversé beaucoup de choses, Éloïse. Nous avons fait beaucoup de rencontres. Ensemble ou séparément, à deux, à trois, à quatre, ou plus, faut-il compter ? Tant d'expériences en si peu de temps, tant de rencontres.
Vois-tu ce qu'elles nous ont apportés ?
Des questions, nombreuses. Des réflexions, plus encore. Des réponses ? Quelques unes. Nous avons offerts nos corps comme ils et elles nous ont offerts les leurs, nous pensions simplement… nous amuser, même si nous savions que ce serait plus que cela, que cette exploration ne se résumerait pas à des caresses, du plaisir et des soupirs. Nous nous sommes mis en danger, et nous avons contrôlé. Nous avons essayé de ne blesser personne, nous n'y sommes pas toujours arrivé. Mais…
Tu me demandes ce que je cherches, alors que tu prépares ta prochaine rencontre et que moi, de mon côté, je ne suis pas très sûr de vouloir « y » aller. Mais nous savons aussi bien que l'autre que ce ne peut être un chemin solitaire. Un couple ne peut pas être à moitié libre, pour quelque raison que ce soit. Je ne supporterai de toute façon pas que tu ailles à l'aventure en me sentant enfermé, de mon côté. Et toi encore moins. Tu sais que la culpabilité te rongerait, même si c'est injustifié. Tu ne me le demandes d'ailleurs pas du tout, et au contraire, tu espères que je fasse... comme toi.
Comme toi ?
Sauf que ni toi ni moi ne savons exactement ce que tu fais. Et vice-versa. Tu veux explorer, rencontrer, mieux connaître ton corps et ton plaisir. Certainement. Et d'autres choses aussi, que je ne sais pas bien saisir.
Et moi ?
Moi, je crois que je veux en savoir plus… sur moi ? Sans doute pas. Je crois être bêtement auto-satisfait de ce que je sais de moi, même si j'ai pu rire, un peu comme un enfant émerveillé, lorsque j'ai découvert certaines particularités de mon désir, cet été.
Bref, oui, je vais repartir à la rencontre d'autres femmes, et peut-être d'autres hommes, aussi. Pour le plaisir de les connaître, certainement, parce qu'elles et ils en valent la peine. Oui. Mais s'il n'y avait que ça, cela ne suffirait pas.
Je ne vais pas repartir juste pour toi. Juste parce que tu souhaites cet équilibre autant que moi.
Je vais plutôt repartir... pour toi.
Parce que sur ces dernières années, je n'ai peut-être jamais autant appris de toi que depuis que nous avons décidé d'ouvrir notre couple. Mieux : nous avons appris de nous. Moi de toi, moi de nous, moi de moi, aussi. Toi de toi, peut-être, toi de moi, c'est certain, toi de nous, aussi. Je vais repartir, ouvert et sincère, vers d'autres personnes, pas pour te chercher en elles – ce serait stupide, et insultant pour elles – mais pour les connaître, au sens le plus vrai de la rencontre, pour les connaître et, par ricochet, nous enrichir.
Ce ne sera pas par désir. Vraiment pas. Pas au début, en tout cas. Là, tout de suite, je te désire, toi. Je t'aime.
Par curiosité, oui, il y en a.
Pour rassurer mon ego ? Non, je ne crois pas. Un peu quand même.
Pour rassurer le tien ? Oui, pourquoi pas ? Parce que ces rencontres seront exceptionnelles. Elles secoueront mon cœur et mon corps, elles feront bouger les lignes en m'apprendront, que je le veuille ou pas, beaucoup de choses sur moi. Sur toi. Sur nous. Et je sais ce ce sera beau. Parce que ces rencontres, parce que ces personnes seront belles.
Il n'y a qu'une chose que je ne me figure pas : qu'auront-elles à y gagner, pourquoi voudraient-elles me rencontrer ?
Et toi, imagines-tu ce que tu peux y gagner ?

Je t'aime.

5 août 2017

Cinquième lettre

Je republie ceci le 5 septembre 2018. Lorsque je me relis, je me dis que je devais être très, très fatigué quand j'ai écrit ceci. Je me retrouve dans cet état pendant toutes mes périodes d'épuisement professionnel. Vu d'aujourd'hui, en sachant ce qui va suivre, je me rends compte à quel point ce parcours est compliqué.

Tu vois, Éloïse, plus les jours passent, plus je me vois renâcler.
Je sais, je suis fatigué. Épuisé, même.
Je sais, mon boulot me laisse peu de répit. Trop de drames où je suis trop impliqué.
J'ai besoin de léger, mais je n'arrive pas à me concentrer sur le léger.
J'ai tendance, certainement, à trop creuser, à remarquer les problèmes potentiels, à minimiser ce qui va bien pour me complaire dans ce qui pourrait aller mal. Je le sais, et du coup, j'essaie de ne pas m'y attarder : pourquoi tenir compte de ce qui n'est que le fruit de ma fatigue ?
Parce que si par miracle j'arrivais à esquiver ce mal-être – il suffit de se concentrer un peu pour se mentir – je sais que je me le reprendrais dans les yeux au moindre instant d'inattention. Et l'inattention vient vite, avec l'épuisement.
Alors, non : affronter. Comprendre mes freins pour mieux les lever, sans les nier.
Tu es belle. Tu es charmante, et tu le découvres grâce à ceux dont tu as su, avec talent et spontanéité, t'entourer. Tu es belle dans le regard des autres, et j'aime que tu le découvres, que tu apprennes ce que tu vaux.
Tu t'es trop longtemps enterrée.
Il me faut m'ajuster. Si tu changes, nous changeons, donc... je dois changer. C'est une sacrée sortie de zone de confort. Il y a beaucoup de choses que je peux et veux faire pour toi. Nous en parlons, entre nous et avec ceux qui avant nous ont pris ces chemins, ou ceux qui leurs ressemblent. Nommer mes peurs, c'est déjà un moyen de souligner leur vacuité. Toi, tu ne parles presque pas des tiennes. Cela te donne une telle aura d'invincibilité !
Une à une, cependant, je les entends, je les comprends, je les dissèque avec l'aide directe ou bien involontaire de ceux qui nous lisent. Merci à vous, vraiment. J'en découvre de nouvelles, enfouies en-dessous. Je les poursuis, je sais qu'elles ne sont que des ombres, je les chasse pour ne pas qu'elles me chassent. Je les regarde et je les admire, aussi : elles sont le fruit de notre amour tout autant que de mon histoire. Je ne crois pas pouvoir aimer sans craindre la perte de l'amour. C'est un tel vertige…
Mais je comprends maintenant que chasser mes peurs et accepter ces angoisses ne suffira pas à m'empêcher de renâcler : je ne peux pas aller vers ces rencontres pour toi. Il faut aussi que j'y aille pour moi. De toute façon, je n'accepterais pas de me livrer aux bras et aux lèvres d'un amant ou d'une amante pour toi. Ce n'est pas ce que tu me demandes, pas plus que ce que je ne pourrais me demander. C'est une telle évidence. Auquel cas, ce doit être pour elle ou lui, et (ou... puis ?) pour moi. En accord avec nous.
Une évidence, oui, que je ne devrais pas avoir eu le besoin d'énoncer. Je crois cependant que je l'avais oubliée. Pas de recul, trop de fatigue sans doute.

Je t'aime.

28 juil. 2017

Je t'aime

Je t'aime.

Tu m'as demandé pourquoi. Je t'ai répondu : « je ne sais pas, il faudrait que j'y réfléchisse ». Tu m'as précisé que je t'avais déjà plusieurs fois répondu cela.

Ce n'est pas une question facile. Oui, tu es belle, tu es intelligente. Tu es sexy, râleuse parfois, drôle souvent. Tendre. Mais il y a tant de femmes et d'hommes qui sont beaux, intelligents et drôles.

Je ne t'aime pas comme je t'aimais il y a treize ans. Quand je n'avais pas vingt-cinq ans. J'ai aimé ton sourire, ton corps, ton intelligence. J'ai aimé que tu me regardes et t'intéresses à moi. Et puis ? C'est tout. Enfin non : il y a aussi eu cet invraisemblable déferlement d'hormones qui a commencé par une bataille d'oreillers et s'est terminé avec nos deux corps glissants de sueur, ces étreintes dans les draps emmêlés, épuisantes, magnifiques, épiphaniques.

Je ne t'aime pas non plus seulement comme je t'aimais il y a dix ans. Dans cette triste période. La mort, le deuil, la solitude de ton cœur refermé, ma patiente obstination butée, notre accord malgré tout, cette harmonie calme et silencieuse. Nous n'avions pas trente ans, nous venions de nous marier, j'avais foi en toi, en moi, en nous surtout : l'avenir ne m'intéressait pas, chaque jour venait après le suivant, et chaque jour je t'aimais, sans y réfléchir, sans rien analyser. Je nous vivais. Je sentais que note relation était… juste. Oui, tu étais toujours belle, tu étais toujours drôle, et intelligente. Brillante. Tu ne t'en rendais pas compte, bien sûr, toi qui m'a expliqué, pour ne plus souffrir de la perte, avoir décidé de ne plus aimer. Ni moi ni personne. Ni toi-même, d'ailleurs. Je ne t'ai pas cru. J'ai attendu.

Je t'aime comme il y a treize ans, mais aussi : je t'aime comme il y a dix ans, et comme il y a cinq ans. Ou comme l'année dernière. Je t'aime parce que tu évolues et me surprends. J'adore les surprises. Tu n'es pas l’Éloïse d'il y a treize ans, ni celle d'il y a dix ans et encore moins de l'année dernière, mais la somme et la décantation de toutes ces années comme de celles qui les ont précédées. Nous nous sommes façonnés l'un l'autre et malgré tout nous arrivons à nous surprendre, comme lorsque tu as décidé d'explorer ta sexualité. Imaginais-tu cela il n'y a ne serait-ce que deux ans ? Je ne crois pas. Moi non plus. A bientôt quarante ans, que puis-je espérer de mieux qu'une femme qui chaque année devient plus belle et plus désirable, qui décide de ne pas stagner et avance d'elle-même sur des chemins que jamais je n'aurais imaginé fréquenter, qui fait confiance, réussit et se plante, sait s'appuyer sur les bonnes personnes et repart.

Je t'aime parce que nous savons nous écouter, nous attendre et nous entendre. J'ai parlé d'harmonie. Combien de fois nous sommes-nous engueulés ? Je ne m'en rappelle d'aucune. Et pourtant… les enfants, la fatigue, la jalousie, nous avons autant de raisons que d'autres de nous en remettre à la colère. Certains disent qu'une vie sans colère, c'est une vie sans passion. Je ne crois pas que nous vivions sans colère, mais je sais que nous l'utilisons, la contrôlons et la dépassons, parce que la confiance que nous nous portons nous permet de tout dire, tout assumer, parce que nous nous respectons, parce que nous faisons attention. A nous, à l'autre.

Je t'aime aussi parce que je me trouve beau dans tes yeux, parce que tu aimes te voir belle dans les miens. Pour le désir et la joie de se savoir aimé.

Je t'aime parce que tu m'impressionnes, parce que moi la grande gueule, sûre d'elle et accumulant les succès, j'ose à peine te suivre dans les chemins que tu choisis d'arpenter. Parce que tu sais faire confiance et te donner sans pour autant t'oublier, même quand de plus expérimentés que toi ont cherché à t'engluer.

Je t'aime pour tout cela, pour le toi d'il y a treize ans, pour le toi d'il y a dix et celui d'hier, et tous ceux entre eux. Parce que je suis heureux près de toi, parce que je sais qu'avec toi je n'arrive et n'arriverai pas à m'ennuyer. Parce que pour des raisons que j'ignore nous partageons cette harmonie, parce que nous avons autant d'accords que de désaccords que nous transformons en une partition que nous jouons pour nous et personne d'autre, sinon nos filles. Je t'aimais, je t'aime, je t'aimerai.

Je t'aime pour l'évidence que je ne rappelle jamais assez : tu es une belle personne.

Je t'aime parce que nous nous sommes transformés sans nous dénaturer.

Je t'aime parce que je sais que de beaux moments nous attendent, des moments dont je ne sais rien, que nous vivrons ensemble. Mais nulle impatience : demain sera aussi beau qu'hier ou aujourd'hui, avec toi, mon amour. On n'aime pas à vingt ans comme on aime à quarante ans, et sans doute pas comme à soixante. Chaque chose en son temps.

15 mai 2017

Troisième lettre

Lettre écrite le 15 mai 2017.
Avec le recul, je vois que nous n'étions qu'au seuil des bouleversements de notre couple. Lorsque j'écris ça aujourd'hui, le 25 aout 2018, je me dis aussi qu'il sera intéressant de regarder à nouveau en arrière dans un an... Que va-t-il encore nous arriver ? Nous, notre couple, avait, à cette date, traversé une de nos pires épreuves. Il y en aura une autre, au moins, dont je ne parlerai pas plus que la première. C'est notre histoire, trop intime pour l'écrire ici, et de plus elle concerne d'autres personnes... Je crois que si je racontais tout ça à quelqu'un, il se demanderait sans doute, comme moi aujourd'hui, comment nous avons, en tant que couple, survécu à tout ça. J'ai la réponse : je t'aime, tu m'aimes, et nous nous parlons de tout, avec une honnêteté viscérale. Même et surtout quand c'est difficile.
J'aime aussi lire les questions que je me posais sur ma plus grande angoisse à l'époque, l'avenir de notre sexualité si tu plongeais dans l'univers BDSM. Aujourd'hui ces questions sont résolues, mais c'est une autre histoire.

Un mois et demi déjà. Et quand je fais le compte de tout ce qui s'est passé depuis, j'ai l'impression que des années se sont écoulées. C'est vertigineux.

Nous avons fait l'amour à quatre. J'ai vu un autre homme te caresser, te pénétrer, t'emmener à sa façon vers des endroits où nous allions ensemble, sans qu'il s'agisse exactement du même endroit… devant moi, tandis que je faisais de même avec sa compagne. Trois nuits. Tu as invité un couple à nous rejoindre, chez nous. Un couple dont je n'avais jamais entendu parlé et dont je ne savais rien, mais auquel tu faisais confiance suite à vos nombreuses conversations sur Twitter. Ils sont venus, j'ai, nous avons eu envie de nous quatre, nous avons testé… beaucoup de possibilités. Pas juste lui et toi et elle et moi. J'en garde un souvenir étonné. Presque tendre, maintenant, alors que ce n'est pas du tout ce que ces ébats sembleraient devoir susciter. C'était bien. C'était bizarre. Je ne suis pas sûr d'avoir envie de recommencer. Je ne suis pas sûr de ne pas avoir envie de recommencer. Mais je suis heureux en y pensant.

Nous avons vécu des épreuves dont il est sans doute trop tôt pour parler.

Nous avons rompu notre contrat, nous avons parlé de la façon dont nous l'avions utilisé. Nous avons posé des mots concrets sur des situations hypothétiques. Tu as été secouée, j'ai été ébranlé. Nous en avons encore parlé, et nous avons digéré, accepté ce que, finalement, nous savions déjà – même si nous nous ménagions un espace de doute.

Je t'aime.

Je n'ai plus vraiment peur, ou en tout cas plus de tout ce qui m'affolait lorsque j'ai commencé à écrire ces billets. Plus tout à fait, même si des angoisses persistent.

J'ai fini par accepter cette angoisse de te perdre, de ne pas être à la hauteur, en les noyant dans la confiance que je te porte. Cela ne m'empêche et ne m'empêchera pas d'avoir quelques suées lorsque tu seras loin. Je l'accepte comme la manifestation naturelle du besoin que j'ai de toi, de l'amour que je te porte et ma peur viscérale de te perdre. J'accepte ces suées car elles ne m'empêchent pas de t'aimer et d'être heureux. Elles me rassurent, quand tu ne peux pas me rassurer.

J'ai besoin que tu fasses attention à moi comme j'essaie de faire attention à toi, comme j'essaie de ne pas te blesser, de ne pas te faire peur, de trouver les mots et les gestes qui exprimeront sans ambiguïté mon attachement et l'amour que je te porte. Nous n'avons pas pour autant abandonné notre contrat. Il doit rester notre espace de liberté, notre espace de possibilités. Celle, notamment, de pouvoir faire l'amour avec d'autres, sans contrôle ni jugement. Nous savons simplement qu'il sera plus dur de nous mentir en imaginant ce que l'autre, peut-être, est en train de faire. Je crois que nous serons assez forts et assez attentifs pour cela.

Je t'aime.

Je veux continuer à te suivre, à explorer, à comprendre ces chemins que tu veux parcourir sans savoir où ils te mèneront mais dont tu espères tant, sans pour autant me renier ou me changer plus que je ne le souhaite. Soumission, domination, douleur, est-ce vraiment un chemin que je peux, que je veux, parcourir ? Je ne le sais pas vraiment encore. J'ai l'impression que non. Pourtant, nous y avons déjà un peu joué. J'en ai déjà eu envie. De te prendre violemment, de te bousculer, de te mordre, te griffer, te pincer, te faire saigner, hoqueter. Tu l'as senti, tu l'as aimé, lorsque c'était spontané… et pas trop maladroit. Quelquefois, je crois que c'était juste comme il fallait. Quelquefois. Et puis, je sais à quel point j'aime quand tu aimes ce que je te fais. A quel point je me sens bien lorsque tu te perds dans le plaisir. Alors, si cela peut être un nouveau chemin, pourquoi le négliger ? Nous savons tous les deux qu'un lien dominant/dominé ne nous est pas adapté (jusqu’à ce que nous changions d’avis ?). Ce n'est pas notre couple, pas notre relation, c'est donc naturellement quelque chose que nous irons chercher ailleurs. Ensemble, ou pas. Pour explorer ces voies de plaisir, y apprendre à nous connaître pour, par nos propres chemins, nous y retrouver.

Voilà ce que j'ai appris de ces deux derniers mois : tu n'as jamais eu tort. Tu explores pour nous, avec moi ou sans moi, de nouvelles façon de vivre ta, mais aussi notre sexualité, enrichissant par là-même nos possibilités de nous aimer. Au sens physique, évidemment, mais, curieusement, aux sens émotionnel et intellectuel également. Tu me l'as dit : je te montre bien plus qu'avant à quel point je t'aime. A quel point tu comptes pour moi. A quel point je te trouve belle.

Parce que j'avais besoin de me rassurer et surtout, de te rassurer ? De te démontrer mon amour ? De… « marquer mon territoire » ? Oui, évidemment. Mais plus fondamentalement, tu m'as surtout amené à nous réfléchir autrement, et à nouveau. Et sans avoir à me forcer – tu sais à quel point les gestes « câlins » ne me sont pas naturels – sans même, en réalité, le demander, tu m'as rapproché. Tu m'as amené à exprimer, par les mots et les gestes, ces évidences qu'on finit par oublier à force de ne pas les rappeler.

Je t'aime.

J'aime ta voix, gourmande ou épuisée, j'aime tes cheveux en vrac et tes regards incrédules, j'aime tes seins, tes mamelons qui se dressent sous l'effleurement de mes doigts, ton bassin qui se cambre et se tord sous mon souffle en appelant ma langue, j'aime ton sourire triste et fragile quand tu es fatiguée, j'aime tes colères et ton exaspération quand nos enfants nous mènent par le bout du nez, j'aime ton souffle tranquille contre mon bras quand tu t'endors, j'aime entendre ceux dont tu t'occupes au boulot me vanter tes succès, j'aime savoir que tu suis les chemins qui t'attirent, j'aime tout ce que tu nous apportes, toute la richesse de ce que tu construis pour nous depuis plus de dix ans sans que, la plupart du temps, ni toi ni moi ne nous en rendions réellement compte…

Je t'aime.

29 mar. 2017

Deuxième lettre

Deux jours plus tard, le 29 mars 2017, je prenais à nouveau le clavier pour t'écrire, Éloïse. Entre ces deux jours, pour autant que je me souvienne : des échanges de mails, de messages privés sur Twitter, un besoin dévorant de comprendre ce qui nous arrivait, entre terreur, excitation et incrédulité. Et très vite, une nécessité : prendre du recul pour analyser. Mais est-ce possible quand tout va si vite ? Et surtout : comment gérer quand on sait que tout va changer ?

Voilà ce que c’est que de parler. Twitter, tumblr. Des bouquins, des blogs, des conseils, ou des avis. Des témoignages. Dans tous les sens. J’en suis avide car je veux me rassurer, mais déjà, je sature. Nous n'arrêtons plus. J'en ai besoin. Et toi aussi, je crois. J'apprivoise la chaleur dans mon ventre, j'alimente ma raison. Ceci étant, je crois qu'il va falloir que nous nous posions. On me dit, on te dit que notre contrat est bancal. Qu'il ne peut pas tenir, qu'il ne peut fonctionner que si nos papillonnages ne dérangent pas nos emplois du temps. Mais… c'est bien de cela qu'il s'agit, aujourd'hui, et depuis dix ans environ. Et finalement, pour ce que nous en savons, il est peut-être resté très virtuel dans sa réalisation, ce contrat : tu ne sais pas si j'ai fait quelque chose, je ne sais pas si tu en as profité. Mais nous avons cette liberté. Nous savons qu'elle existe, et que nous lui avons posé des limites. Dans une certaine mesure, il nous évite la jalousie, toute tentation de compétition, et il nous permet de nous explorer chacun de notre côté.

Je n'ai aucune idée de ce qu'il en sera demain. De toute façon, je ne me fais pas d'illusion : nous avons deux enfants en bas âge, deux métiers qui nous prennent beaucoup de temps, et nous habitons dans un village, assez loin d'une ville digne de ce nom… Les occasions « crédibles » dans le cadre d'un mensonge par omission – notre idée est d'accepter, de bonne grâce, d'être des dupes – sont rares. Et ni toi ni moi ne savons vraiment où nous allons, ni à quelle vitesse. Nous ne nous fermons pas vraiment de porte. Sachons juste prendre notre temps. Cela fait treize ans que nous apprenons à nous aimer. Continuons.

Nous avons bouleversé nos vies en nous installant ici. En nous mariant. En restant ensemble. En choisissant nos « options » professionnelles. Plus important, en ayant nos enfants. Tous ces choix nous ont obligé à changer notre façon de nous aimer. Toux ces choix nous ont bousculés, nous ont modifiés. Ce fut parfois… compliqué. Tu te rappelles de ces mois, de ces années après notre mariage. Nous en avons parlé. Je ne regrette rien, au contraire. Le temps a passé, et nous voyons bien que nous avons fait le bon choix. Je t'aime. Tu m'aimes. Je te désire. Tu me désires. De plus en plus chaque jour, de plus en plus chaque année. Mais ces choix précédents, nous les avons fait sans y réfléchir, parce qu'ils étaient évidents. Nous les avons fait, puis nous en avons mesuré les conséquences. Même ce contrat, finalement, vécu comme une « clause de liberté » pour notre couple. Il ne suffira plus, il ne sera plus adapté ? Le temps que nous avons passé sur World of Warcraft non plus n'est plus adapté à notre vie d'aujourd'hui. Regrettons-nous le temps et l'énergie que nous y avons consacré ? Y avons-nous perdu quelque chose ? Et, finalement, avons nous choisi brusquement d'arrêter ? Pas vraiment. Les choses se sont faites naturellement.

Je crois qu'il ne s'agit que de ça : ces choses viennent naturellement.

Je suis curieux de voir ce que la vie nous réserve. Qui serons-nous, que ferons-nous dans dix ans, Éloïse ? Je n'ai pas envie de le savoir aujourd'hui, je ne suis pas impatient. Ce sera certainement très beau à voir. Tu imagines ? Nos enfants seront adolescents. Nous verrons bien. De toute façon, on s'en fout : nous y allons ensemble. Alors, à quoi donc serviraient des projets ? Écoutons ce que tous ceux qui nous ont précédé sur ces chemins peu conventionnels de l'amour ont à dire. Après tout, ces questions que nous nous posons, nous ne sommes vraiment pas les seuls, ni les premiers, à les aborder. Et il y a certainement plein de gens plus malins, plus audacieux, plus réfléchis ou plus inconscients que nous qui s'y sont frottés. Ils ont plein de choses à nous apprendre. Par contre, tu sais mon horreur des étiquettes. Je n'ai pas envie de savoir comment s'appelle ce que nous faisons, et savoir que notre contrat sera intenable sur le long terme ne m'intéresse pas beaucoup. Car cela me paraît évident. Nous trouverons une autre solution, un autre pacte. Ce seront d'abord des ajustements, des petites trahisons – nous avons déjà commencé. Tu l'as dit toi-même :

« Je crois que savoir que tu es avec un autre homme ne me dérangerait pas ».

Tu sais qu'il en est de même pour toi avec une autre femme, et même avec un autre couple. Je revis avec délice ce moment où tu m'en as parlé. C'est idiot, au fond, mais c'est comme ça. Notre pacte, notre contrat, c'est un cadre, des barrières, des gardes-fou. Tu as parfaitement su quand et dans quelles limites sortir du cadre. Il n'est, finalement, qu'une formalisation d'un simple « fais attention ». Fais attention à toi, fais attention à moi.

Je t'aime. Tu vois, tout ceci nous bouscule tellement que ces trois mots reprennent tout leur sens : je ne te dis pas simplement « je t'aime » comme je te dirais « bonjour ». Ancré dans mon bide, il y a cet amour, et cette boule de chaleur où se concentrent mes angoisses. Juste au même endroit.

27 mar. 2017

Premiers mots

Le 27 mars 2017, je lui ai écrit cette lettre. A elle, mais aussi pour moi. Et puis je me suis dit que d'autres pourraient y trouver leur compte : j'ai moi-même cherché de l'aide pour comprendre ce qui nous arrivait, on m'a tendu la main, on m'a écouté, j'ai découvert que toutes ces nouveautés n'en étaient pas du tout pour beaucoup et que ce qui n'était "pas normal" ne l'était que d'un certain point de vue. C'est un début pour ce chapitre de notre histoire...

Nous sommes en couple. Depuis treize ans. Mariés, deux enfants. Une situation professionnelle réussie, des amis, des loisirs à côté, sociaux, ou solitaires. Une vie sexuelle en couple riche et, comment dire… intéressante et satisfaisante. Aucun des deux mots ne me plaît, mais tu vois l'idée. Des fantasmes plein la tête, des souvenirs à chérir aussi, et très peu de frustrations. Même, cerise sur le gâteau, ce pacte passé avec, toi, Éloïse. Le contrat, issu de ces années difficiles après notre mariage, dont je n'ai pas envie, aujourd'hui, d'expliquer la genèse et les raisons d'être.

Chacun a le droit d'avoir des relations sexuelles en dehors du couple, à condition de ne pas en parler à l'autre (ça doit rester secret), de ne pas ramener de bébé ni de maladie, et encore moins de tomber amoureux. Pour le dernier point, nous sommes conscients des risques : qui pourrait prétendre tout contrôler ? Mais nous sommes sûrs de nous. De nous : de notre couple. Et ce n'est pas ce soir que je dirai si j'ai usé de cette liberté, Éloïse, puisque tu liras ce texte.

Finalement, ce n'est pas le plus important. L'essentiel est l'existence de cette liberté. Savoir que tu peux, que je peux, si on en a l'envie et l'opportunité, sans trahir qui que ce soit. Assouvir des fantasmes qui ne nous correspondent pas en tant que couple, s'amuser, juste profiter d'une occasion. Nous pouvons.

Je ne sais pas si tu as profité de cette liberté. Je ne tiens pas à le savoir. Pas aujourd'hui, pas encore, peut-être plus tard. Nous nous réservons cette possibilité, aussi, de changer d'avis. Ensemble.

Mais tout cela nous fait évoluer. Treize ans de vie commune, deux enfants, la situation professionnelle et personnelle au beau fixe. Un accomplissement, en somme. Une chance. Et un risque, celui de nous enliser, de ne plus évoluer, de stagner, et donc, de nous dégrader. Même si nos enfants nous stimulent et nous stimuleront encore, nous existons aussi en dehors d'eux.

Tu évolues, Éloïse. Tu assumes des désirs sexuels différents. Qui ne me concernent pas, ou pas forcément. Tu m'en parles, parce que ça ne concerne pas vraiment notre pacte, et parce que c'est notre couple.

Et ça m'affole. C'est la raison de ma prise de clavier, ce soir. J'ai besoin d'analyser, de peser, d'écrire pour pouvoir me lire et réagir. Faire réagir, aussi.

Parce que je trouve ça génial, tes envies, ce que tu fais. Ce que tu veux essayer. Ces idées avec lesquelles tu joues. Même si ça ne me concerne pas. Rationnellement, je n'ai pas de problème avec ça. Je ne me sens pas jaloux. Je sais que je ne le suis pas. Déjà testé en conditions réelles. Mais ça m'affole. Sans doute parce que je ne m'y attendais pas. Sans doute parce que finalement, je ne peux plus trop voir où on va.

Je suis jaloux. Je viens de dire que non ? Non, pas jaloux comme ça : je suis jaloux de ne pas avoir ton audace. Ce n'est pas très grave.

Je suis admiratif. Et fier. Hey, c'est la femme que j'aime. C'est la femme qui m'aime !

Je suis paniqué : je ne contrôle rien. J'ai l'habitude de contrôler.

Je suis heureux. Tu me parles de ce que tu fais, tu me fais confiance, tu es heureuse.

Je suis mort de trouille. Serai-je à la hauteur ?

Je suis impatient. L'avenir nous réserve beaucoup de choses inattendues. Inespérées ?

Je suis inquiet. Tu prends un risque, nous prenons un risque.

J'ai besoin d'être rassuré. Oui, je suis quand même un peu une petite chose fragile.

Je suis excité. On parle de sexe, d'inconnu, d'explorations, de nouveautés.

J'ai un cerveau qui me crie que tout va bien, même s'il y a quelques risques, parce que c'est bon pour toi, et c'est donc bon pour nous. Risquée, cette conclusion ? Je crois que nous sommes assez nous, ensemble, pour qu'elle soit vraie. Ma raison me dit que tout va bien, parce que c'est finalement quelque chose que j'espérais, d'une certaine façon, pour toi, pour moi, pour nous.

Mais j'ai cette boule dans le ventre, cette peur chaude qui se niche au creux de mon abdomen, qui ne hurle pas mais qui me chuchote des incohérences. De la peur, de l'incertitude. Elle se calme, doucement, parce que je la raisonne, cette bête, parce que les mots des autres s'appuient sur ma confiance en toi et sur l'amour que je te porte pour lui démontrer qu'elle a tort.

Il va me falloir un peu de temps pour apprivoiser ce tourbillon, ce vertige d'incertitudes, ces inconnues sans équation. Tu vas m'aider.

Je t'aime.

Et j'ai envie de toi.