Troisième lettre

Lettre écrite le 15 mai 2017.
Avec le recul, je vois que nous n'étions qu'au seuil des bouleversements de notre couple. Lorsque j'écris ça aujourd'hui, le 25 aout 2018, je me dis aussi qu'il sera intéressant de regarder à nouveau en arrière dans un an... Que va-t-il encore nous arriver ? Nous, notre couple, avait, à cette date, traversé une de nos pires épreuves. Il y en aura une autre, au moins, dont je ne parlerai pas plus que la première. C'est notre histoire, trop intime pour l'écrire ici, et de plus elle concerne d'autres personnes... Je crois que si je racontais tout ça à quelqu'un, il se demanderait sans doute, comme moi aujourd'hui, comment nous avons, en tant que couple, survécu à tout ça. J'ai la réponse : je t'aime, tu m'aimes, et nous nous parlons de tout, avec une honnêteté viscérale. Même et surtout quand c'est difficile.
J'aime aussi lire les questions que je me posais sur ma plus grande angoisse à l'époque, l'avenir de notre sexualité si tu plongeais dans l'univers BDSM. Aujourd'hui ces questions sont résolues, mais c'est une autre histoire.

Un mois et demi déjà. Et quand je fais le compte de tout ce qui s'est passé depuis, j'ai l'impression que des années se sont écoulées. C'est vertigineux.

Nous avons fait l'amour à quatre. J'ai vu un autre homme te caresser, te pénétrer, t'emmener à sa façon vers des endroits où nous allions ensemble, sans qu'il s'agisse exactement du même endroit… devant moi, tandis que je faisais de même avec sa compagne. Trois nuits. Tu as invité un couple à nous rejoindre, chez nous. Un couple dont je n'avais jamais entendu parlé et dont je ne savais rien, mais auquel tu faisais confiance suite à vos nombreuses conversations sur Twitter. Ils sont venus, j'ai, nous avons eu envie de nous quatre, nous avons testé… beaucoup de possibilités. Pas juste lui et toi et elle et moi. J'en garde un souvenir étonné. Presque tendre, maintenant, alors que ce n'est pas du tout ce que ces ébats sembleraient devoir susciter. C'était bien. C'était bizarre. Je ne suis pas sûr d'avoir envie de recommencer. Je ne suis pas sûr de ne pas avoir envie de recommencer. Mais je suis heureux en y pensant.

Nous avons vécu des épreuves dont il est sans doute trop tôt pour parler.

Nous avons rompu notre contrat, nous avons parlé de la façon dont nous l'avions utilisé. Nous avons posé des mots concrets sur des situations hypothétiques. Tu as été secouée, j'ai été ébranlé. Nous en avons encore parlé, et nous avons digéré, accepté ce que, finalement, nous savions déjà – même si nous nous ménagions un espace de doute.

Je t'aime.

Je n'ai plus vraiment peur, ou en tout cas plus de tout ce qui m'affolait lorsque j'ai commencé à écrire ces billets. Plus tout à fait, même si des angoisses persistent.

J'ai fini par accepter cette angoisse de te perdre, de ne pas être à la hauteur, en les noyant dans la confiance que je te porte. Cela ne m'empêche et ne m'empêchera pas d'avoir quelques suées lorsque tu seras loin. Je l'accepte comme la manifestation naturelle du besoin que j'ai de toi, de l'amour que je te porte et ma peur viscérale de te perdre. J'accepte ces suées car elles ne m'empêchent pas de t'aimer et d'être heureux. Elles me rassurent, quand tu ne peux pas me rassurer.

J'ai besoin que tu fasses attention à moi comme j'essaie de faire attention à toi, comme j'essaie de ne pas te blesser, de ne pas te faire peur, de trouver les mots et les gestes qui exprimeront sans ambiguïté mon attachement et l'amour que je te porte. Nous n'avons pas pour autant abandonné notre contrat. Il doit rester notre espace de liberté, notre espace de possibilités. Celle, notamment, de pouvoir faire l'amour avec d'autres, sans contrôle ni jugement. Nous savons simplement qu'il sera plus dur de nous mentir en imaginant ce que l'autre, peut-être, est en train de faire. Je crois que nous serons assez forts et assez attentifs pour cela.

Je t'aime.

Je veux continuer à te suivre, à explorer, à comprendre ces chemins que tu veux parcourir sans savoir où ils te mèneront mais dont tu espères tant, sans pour autant me renier ou me changer plus que je ne le souhaite. Soumission, domination, douleur, est-ce vraiment un chemin que je peux, que je veux, parcourir ? Je ne le sais pas vraiment encore. J'ai l'impression que non. Pourtant, nous y avons déjà un peu joué. J'en ai déjà eu envie. De te prendre violemment, de te bousculer, de te mordre, te griffer, te pincer, te faire saigner, hoqueter. Tu l'as senti, tu l'as aimé, lorsque c'était spontané… et pas trop maladroit. Quelquefois, je crois que c'était juste comme il fallait. Quelquefois. Et puis, je sais à quel point j'aime quand tu aimes ce que je te fais. A quel point je me sens bien lorsque tu te perds dans le plaisir. Alors, si cela peut être un nouveau chemin, pourquoi le négliger ? Nous savons tous les deux qu'un lien dominant/dominé ne nous est pas adapté (jusqu’à ce que nous changions d’avis ?). Ce n'est pas notre couple, pas notre relation, c'est donc naturellement quelque chose que nous irons chercher ailleurs. Ensemble, ou pas. Pour explorer ces voies de plaisir, y apprendre à nous connaître pour, par nos propres chemins, nous y retrouver.

Voilà ce que j'ai appris de ces deux derniers mois : tu n'as jamais eu tort. Tu explores pour nous, avec moi ou sans moi, de nouvelles façon de vivre ta, mais aussi notre sexualité, enrichissant par là-même nos possibilités de nous aimer. Au sens physique, évidemment, mais, curieusement, aux sens émotionnel et intellectuel également. Tu me l'as dit : je te montre bien plus qu'avant à quel point je t'aime. A quel point tu comptes pour moi. A quel point je te trouve belle.

Parce que j'avais besoin de me rassurer et surtout, de te rassurer ? De te démontrer mon amour ? De… « marquer mon territoire » ? Oui, évidemment. Mais plus fondamentalement, tu m'as surtout amené à nous réfléchir autrement, et à nouveau. Et sans avoir à me forcer – tu sais à quel point les gestes « câlins » ne me sont pas naturels – sans même, en réalité, le demander, tu m'as rapproché. Tu m'as amené à exprimer, par les mots et les gestes, ces évidences qu'on finit par oublier à force de ne pas les rappeler.

Je t'aime.

J'aime ta voix, gourmande ou épuisée, j'aime tes cheveux en vrac et tes regards incrédules, j'aime tes seins, tes mamelons qui se dressent sous l'effleurement de mes doigts, ton bassin qui se cambre et se tord sous mon souffle en appelant ma langue, j'aime ton sourire triste et fragile quand tu es fatiguée, j'aime tes colères et ton exaspération quand nos enfants nous mènent par le bout du nez, j'aime ton souffle tranquille contre mon bras quand tu t'endors, j'aime entendre ceux dont tu t'occupes au boulot me vanter tes succès, j'aime savoir que tu suis les chemins qui t'attirent, j'aime tout ce que tu nous apportes, toute la richesse de ce que tu construis pour nous depuis plus de dix ans sans que, la plupart du temps, ni toi ni moi ne nous en rendions réellement compte…

Je t'aime.

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