Cinquième lettre

Je republie ceci le 5 septembre 2018. Lorsque je me relis, je me dis que je devais être très, très fatigué quand j'ai écrit ceci. Je me retrouve dans cet état pendant toutes mes périodes d'épuisement professionnel. Vu d'aujourd'hui, en sachant ce qui va suivre, je me rends compte à quel point ce parcours est compliqué.

Tu vois, Éloïse, plus les jours passent, plus je me vois renâcler.
Je sais, je suis fatigué. Épuisé, même.
Je sais, mon boulot me laisse peu de répit. Trop de drames où je suis trop impliqué.
J'ai besoin de léger, mais je n'arrive pas à me concentrer sur le léger.
J'ai tendance, certainement, à trop creuser, à remarquer les problèmes potentiels, à minimiser ce qui va bien pour me complaire dans ce qui pourrait aller mal. Je le sais, et du coup, j'essaie de ne pas m'y attarder : pourquoi tenir compte de ce qui n'est que le fruit de ma fatigue ?
Parce que si par miracle j'arrivais à esquiver ce mal-être – il suffit de se concentrer un peu pour se mentir – je sais que je me le reprendrais dans les yeux au moindre instant d'inattention. Et l'inattention vient vite, avec l'épuisement.
Alors, non : affronter. Comprendre mes freins pour mieux les lever, sans les nier.
Tu es belle. Tu es charmante, et tu le découvres grâce à ceux dont tu as su, avec talent et spontanéité, t'entourer. Tu es belle dans le regard des autres, et j'aime que tu le découvres, que tu apprennes ce que tu vaux.
Tu t'es trop longtemps enterrée.
Il me faut m'ajuster. Si tu changes, nous changeons, donc... je dois changer. C'est une sacrée sortie de zone de confort. Il y a beaucoup de choses que je peux et veux faire pour toi. Nous en parlons, entre nous et avec ceux qui avant nous ont pris ces chemins, ou ceux qui leurs ressemblent. Nommer mes peurs, c'est déjà un moyen de souligner leur vacuité. Toi, tu ne parles presque pas des tiennes. Cela te donne une telle aura d'invincibilité !
Une à une, cependant, je les entends, je les comprends, je les dissèque avec l'aide directe ou bien involontaire de ceux qui nous lisent. Merci à vous, vraiment. J'en découvre de nouvelles, enfouies en-dessous. Je les poursuis, je sais qu'elles ne sont que des ombres, je les chasse pour ne pas qu'elles me chassent. Je les regarde et je les admire, aussi : elles sont le fruit de notre amour tout autant que de mon histoire. Je ne crois pas pouvoir aimer sans craindre la perte de l'amour. C'est un tel vertige…
Mais je comprends maintenant que chasser mes peurs et accepter ces angoisses ne suffira pas à m'empêcher de renâcler : je ne peux pas aller vers ces rencontres pour toi. Il faut aussi que j'y aille pour moi. De toute façon, je n'accepterais pas de me livrer aux bras et aux lèvres d'un amant ou d'une amante pour toi. Ce n'est pas ce que tu me demandes, pas plus que ce que je ne pourrais me demander. C'est une telle évidence. Auquel cas, ce doit être pour elle ou lui, et (ou... puis ?) pour moi. En accord avec nous.
Une évidence, oui, que je ne devrais pas avoir eu le besoin d'énoncer. Je crois cependant que je l'avais oubliée. Pas de recul, trop de fatigue sans doute.

Je t'aime.

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