Sixième lettre

J'ai écrit cette lettre le 12 octobre 2017, après les rencontres et les tempêtes estivales. On le sent, que j'essaie de me convaincre ?

Des mois ont passé. Nous avons traversé beaucoup de choses, Éloïse. Nous avons fait beaucoup de rencontres. Ensemble ou séparément, à deux, à trois, à quatre, ou plus, faut-il compter ? Tant d'expériences en si peu de temps, tant de rencontres.
Vois-tu ce qu'elles nous ont apportés ?
Des questions, nombreuses. Des réflexions, plus encore. Des réponses ? Quelques unes. Nous avons offerts nos corps comme ils et elles nous ont offerts les leurs, nous pensions simplement… nous amuser, même si nous savions que ce serait plus que cela, que cette exploration ne se résumerait pas à des caresses, du plaisir et des soupirs. Nous nous sommes mis en danger, et nous avons contrôlé. Nous avons essayé de ne blesser personne, nous n'y sommes pas toujours arrivé. Mais…
Tu me demandes ce que je cherches, alors que tu prépares ta prochaine rencontre et que moi, de mon côté, je ne suis pas très sûr de vouloir « y » aller. Mais nous savons aussi bien que l'autre que ce ne peut être un chemin solitaire. Un couple ne peut pas être à moitié libre, pour quelque raison que ce soit. Je ne supporterai de toute façon pas que tu ailles à l'aventure en me sentant enfermé, de mon côté. Et toi encore moins. Tu sais que la culpabilité te rongerait, même si c'est injustifié. Tu ne me le demandes d'ailleurs pas du tout, et au contraire, tu espères que je fasse... comme toi.
Comme toi ?
Sauf que ni toi ni moi ne savons exactement ce que tu fais. Et vice-versa. Tu veux explorer, rencontrer, mieux connaître ton corps et ton plaisir. Certainement. Et d'autres choses aussi, que je ne sais pas bien saisir.
Et moi ?
Moi, je crois que je veux en savoir plus… sur moi ? Sans doute pas. Je crois être bêtement auto-satisfait de ce que je sais de moi, même si j'ai pu rire, un peu comme un enfant émerveillé, lorsque j'ai découvert certaines particularités de mon désir, cet été.
Bref, oui, je vais repartir à la rencontre d'autres femmes, et peut-être d'autres hommes, aussi. Pour le plaisir de les connaître, certainement, parce qu'elles et ils en valent la peine. Oui. Mais s'il n'y avait que ça, cela ne suffirait pas.
Je ne vais pas repartir juste pour toi. Juste parce que tu souhaites cet équilibre autant que moi.
Je vais plutôt repartir... pour toi.
Parce que sur ces dernières années, je n'ai peut-être jamais autant appris de toi que depuis que nous avons décidé d'ouvrir notre couple. Mieux : nous avons appris de nous. Moi de toi, moi de nous, moi de moi, aussi. Toi de toi, peut-être, toi de moi, c'est certain, toi de nous, aussi. Je vais repartir, ouvert et sincère, vers d'autres personnes, pas pour te chercher en elles – ce serait stupide, et insultant pour elles – mais pour les connaître, au sens le plus vrai de la rencontre, pour les connaître et, par ricochet, nous enrichir.
Ce ne sera pas par désir. Vraiment pas. Pas au début, en tout cas. Là, tout de suite, je te désire, toi. Je t'aime.
Par curiosité, oui, il y en a.
Pour rassurer mon ego ? Non, je ne crois pas. Un peu quand même.
Pour rassurer le tien ? Oui, pourquoi pas ? Parce que ces rencontres seront exceptionnelles. Elles secoueront mon cœur et mon corps, elles feront bouger les lignes en m'apprendront, que je le veuille ou pas, beaucoup de choses sur moi. Sur toi. Sur nous. Et je sais ce ce sera beau. Parce que ces rencontres, parce que ces personnes seront belles.
Il n'y a qu'une chose que je ne me figure pas : qu'auront-elles à y gagner, pourquoi voudraient-elles me rencontrer ?
Et toi, imagines-tu ce que tu peux y gagner ?

Je t'aime.

Fil des commentaires de ce billet