Stop ou encore ?

Tout arrêter, ou continuer, mais sans plus rien dire, ou presque ?
Je suis d'accord avec toi : forte est la tentation de ces solutions. De leur élégante simplicité.



Hier, tu m'as simplement dit que tu avais déjeuné avec un homme, que tu feras certainement plus avec lui d'ici peu. Je savais que vous discutiez, je savais que vous y iriez. Mais voilà, à cet instant là, quand tu m'as dit ça, j'étais ailleurs. J'étais paisible, dans cette tranquillité d'esprit conférée par la nuit de folie que nous venions de passer ensemble, par le fait que nous étions juste tous les deux, par la tranquille distance de ta prochaine sortie.
J'ai de nouveau très mal vécu cette déstabilisation. Je me suis levé, je suis allé à la douche, et j'ai essayé de comprendre pourquoi j'étais mal.
De la jalousie ? Non. Toujours pas.
Une peur d'être remplacé ? Non plus.
Une remise en question du plaisir que nous prenons ensemble ? Non.

Alors quoi ?
Je ne sais pas vraiment.
D'abord, l'incertitude, toujours, pour chacune de tes nouvelles aventures. Je n'aime pas cette incertitude, même si je ne sais pas vraiment quel est son moteur, ce qu'elle implique réellement. Pourquoi elle me fait souffrir.
La tristesse, ensuite, de ne pas te suffire. Je sais que je ne peux pas être un autre amant que… moi-même. Ni une autre personne, en fait. Je suis moi-même, et les rares fois où j'ai essayé d'être quelqu'un d'autre, j'ai tout simplement été nul (mes excuses à celles auxquelles j'ai fait perdre leur temps en DM). Je comprends très bien que d'autres amant(e)s, d'autres personnes t'apporteront, à toi, quelque chose de différent, et je sais ce que cela nous apporte, pour nous. Tu vas mieux, tu apprends à déconstruire toutes ces saloperies inculquées dans ta tête depuis des décennies, qui t'intoxiquent et t'empêchent de profiter de la vie. Tu apprends à connaître ton corps, aussi, parce qu'ils et elles t'amènent sur d'autres chemins. Nous explorons aussi les nôtres, nous en découvrons de nouveaux, et j'ai appris à accepter que je ne peux pas tous les défricher pour et avec toi. Ça me va. Je sais que je t'aime, je sais que tu m'aimes, et que nos mains ne se quittent pas.
Alors quoi ?
Oui, j'aimerais te suffire. Oui, je sais que ce n'est ni possible, ni même sans doute souhaitable.
Mais moi ? Finalement, quel est mon problème ?
Je vois bien le poids des idées préconçues que la société m'a et que je me suis imposées. Je suis un romantique (ne rigole pas). Je veux être, oui, l'amoureux et l'amant idéal, celui qui te rendra heureuse. Et je suis triste de ne pas y arriver, même si je sais que ce n'est pas possible. Même si je sais que c'est à toi de trouver ton chemin vers le bonheur, que nous ne pouvons que t'y aider. J'ai beau savoir tout ça, cela ne chasse pas la tristesse.
Mais surtout, égoïstement, je suis triste de ne pas avoir besoin de plus. Triste de ne pas avoir plus d'envies, plus de désirs. Contrairement à toi. Tu me suffis, je le sais. Je suis heureux de passer du temps avec une autre, j'aimerais en passer avec un autre. J'ai des éclairs de désir animal qui me traversent parfois, des fantasmes « sales » – et parfaitement réalisables. Mais je ne me sentirais pas vraiment frustré de ne pas les réaliser. Je vois aussi la différence de désir – pour toi ou pour une autre. Je peux ronronner de plaisir et de fierté (on ne se refait pas) avec elle, être heureux de lui donner quelque chose d'un petit peu unique, mais je ne suis pas sûr de ce que j'en retire… Alors je me dis qu'il faut que j'explore d'autres chemins, avec elle ou d'autres, mais j'ai l'impression d'être un imposteur. Parce que je n'en ressens pas le besoin. Je ne suis pas frustré.
Il faudrait sans doute que j'accepte de perdre le contrôle, ou que quelqu'un arrive à me le faire perdre. Ce n'est pas gagné.

Bref.
Je te disais que ces solutions, tout arrêter ou ne presque plus rien dire, n'en sont pas.
Tout arrêter, je n'en ai pas envie. L'ouverture de notre couple nous a beaucoup apporté, à toi, à moi, à nous. Ça ne s'est pas fait sans heurt ni blessure. Nous avons fait des erreurs. Mais nous avons appris. Nous avons encore à apprendre. Je n'en ai pas envie, parce que tu aimes ça, parce que cela t'aide, parce que nous nous amusons bien – et n'est-ce pas le plus important ? Je ne veux pas te priver de ça.
Ne plus rien dire ? Tu sais aussi bien que moi que nous ne le supporterions pas. Ni toi, ni moi.
Et on n'a rien sans rien, comme on dit. Tout ce que l'ouverture nous a apporté, nous apporte et nous apportera… cela vaut largement ce que cela nous coûte. Car même ce que cela nous coûte nous apprend qui nous sommes.

Alors ? Nous allons continuer.

Je continuerai à te dire mes angoisses, mon irrationalité. Tu ne pourras probablement pas m'aider, mais je n'en ai pas vraiment besoin, j'ai juste besoin de savoir que je peux te le dire, au risque de t'énerver, de te frustrer, de te culpabiliser (même si ça me fait, moi, beaucoup culpabiliser – je n'arrive décidément pas à être l'homme parfait). J'ai besoin de savoir que tu vas m'écouter, que je vais pouvoir poser ces mots, qu'ils seront entendus.
Tout comme j'ai besoin de savoir que si quelque chose ne va pas, tu m'en parleras.

Je t'aime. Et ces mots là n'ont sans doute jamais eu autant de sens qu'aujourd'hui. Savoir que cet amour continuera à devenir plus riche, plus porteur de nuances et de significations, plus lourd de désirs aussi : c'est ce qui me confirme que nous sommes sur le bon chemin.

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