Ton plaisir, et le mien

Sylvain

Je crois que je bute sur cette notion de consentement. Que cela fait partie de ce qui inhibe depuis des mois une bonne part de notre spontanéité dans notre lit.

J'y suis tellement attentif qu'à la moindre hésitation de ta part, au moindre frémissement de déplaisir, je stoppe. Échouer à te faire du bien est décevant. D'ailleurs… plus le temps passe, plus les expériences se multiplient, plus je comprends que mon plaisir m'importe peu, que seul le tien, ou plus généralement celui de ma ou de mon partenaire, compte. Mon orgasme m'emmerde. Il siffle la fin de la récré. Bien sûr, il est plaisant. Mais il me bloque pour quelques dizaines de minutes. Il n'en vaut pas la peine.

Ton consentement, j'y suis tellement attentif que je ne m'impose pas, jamais. Si je tente une approche, je m'arrête au premier signe, même très vague, de refus. De manque d'envie. Comment faire monter ton désir dans ces conditions ?
Je devrais insister ? Chercher si c'est juste un manque de motivation ? Mais je suis comme tout le monde, je n'ai pas envie d'être repoussé par une personne que j'aime. Et puis non, c'est non.
Je pourrais m'y prendre autrement ? Bien sûr ! Selon mon humeur et la tienne, ce qui nous excitait hier nous laisse froid aujourd'hui, et nous ne sommes pas forcément toujours accordé, à cet égard. C'est normal.

Alors, j'essaie d'être parfait. Être présent malgré le boulot, pour toi, pour les enfants. Gérer au maximum tout ce qui t'emmerde. Jouer des muscles dans des débordements d'énergie autour de notre maison. Rester tendre et attentif, le plus possible. Tout en évitant de t'envahir, en te laissant ton espace, ta liberté, en ne te demandant rien, ou presque. Être le mâle que tu aimeras. Mais régulièrement, je doute. Est-ce celui que tu désireras ?
Alors, lorsque j'ai assez d'énergie, j'essaie plutôt de proposer. De t'amener à te projeter dans quelques heures de sexe. Des jeux. Des plans. Des projets. Cela marche… plus ou moins. Mais cela ne me donne pas l'impression d'être désiré. J'ai beau prendre mon plaisir par le tien, ou celui d'un ou une autre, finalement, je reste un animal primaire : j'ai envie qu'on ait envie de moi. J'ai surtout envie que tu aies envie de moi.

J'ai envie de te faire plaisir. De leur faire plaisir, de la même manière. La seule différence, c'est l'échelle du besoin.
Être la source de votre plaisir, celui qui donne, directement, c'est quelque chose que j'aime, profondément. Vous montrer aussi que j'aime ce que vous me faites, ce que nous faisons ! C'est quelque chose qui me définit viscéralement. Je suis un soignant. Je veux être celui qui fait aller mieux, de quelque manière que ce soit. J'en ai envie, j'en ai même besoin pour m'aimer. C'est mon métier, c'est plus largement l'essence de la (presque) totalité de mon rapport à l'autre. Bien sûr, j'ai des désirs, des fantasmes égoïstes. J'en ai réalisé certains. Ils étaient mieux lorsqu'ils étaient des fantasmes. J'irai plus loin, pour voir. Mais je n'en attends rien.
J'aime donner, mais c'est aussi ma façon de prendre. Ce n'est pas vraiment altruiste.
Je reviens là-dessus : ce besoin de faire du bien est très égoïste. C'est mon moteur de plaisir. Je le fais pour l'autre, oui, mais notamment – pas seulement, enfin je ne crois pas – parce que ça me fait du bien. Ce n'est pas une performance : je ne ressens pas le besoin d'être le meilleur amant, le plus dur, le plus viril, le plus dominant, le plus… même si des fois j'aimerais bien. Non, j'ai besoin de donner du plaisir, plus largement, de faire du bien, et de laisser ce souvenir. Je veux que ce soit ce dont on se rappelle, après moi. Surtout, surtout si c'est toi. La plus importante, toujours. Et de si loin… Tu penses que ce n'est pas égoïste ? Alors pourquoi ne prends-je strictement aucun plaisir à te voir dans les bras d'un autre, à te voir prendre du plaisir grâce à lui, à ce qu'il te fait ? Soyons bien clair : à ce moment là, je suis heureux pour toi, mais cela ne m'excite pas. Et le fait que cela ne m'excite pas m'attriste. C'est comme ça. J'ai appris à contrôler la jalousie (c'était facile, ça le sera tant que ma confiance en toi ne vacillera pas), et la peur surtout (c'est bien plus difficile, puisque ça repose sur ma confiance en moi). Mais de là à éprouver ce plaisir que certains et certaines évoquent parfois ? Ceux qui parlent de l'excitation, de la jouissance de voir leur partenaire prendre son pied – et donner du plaisir – à un ou une autre ? C'est quelque chose que je peux vaguement imaginer, mais, pas éprouver. Je n'y arrive pas. Quand j'essaie de me projeter dans ce plaisir, j'ai l'impression qu'il reposerait sur le pouvoir de te donner. Et… je sais à quel point je ne te possède pas, alors…

Alors quoi ?

Bah.

Je t'aime.

J'ai envie de te faire l'amour.

J'ai envie, aussi, parfois, de voir si je pourrais donner quelque chose à d'autres. Mais sans livrer la moindre parcelle de moi-même, ai-je une chance d'y parvenir ?


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Éloïse

Je crois que je suis pareil que toi : mon plaisir passe par celui que je donne à l'autre… c'est vraiment ce qui me fait le plus monter… alors, que faire ?
Je suis tellement mal en ce moment, je n'ai envie de rien, mis à part peut-être cette nouvelle rencontre, mais c'est juste l'attrait de la nouveauté, ce besoin permanent de voir si l'herbe est plus verte ailleurs, cette tendance à me blaser de ce que j'ai et de m'en lasser… Au final, tu es mon seul amant régulier, le seul qui arrive encore à se renouveler pour combler mes caprices. Mais jusqu'où je vais t'emmener ainsi ? J'ai aussi peur de me lasser, définitivement je veux dire, car je ne me leurre pas, mes baisses de libido sont aussi le signe d'une lassitude, heureusement temporaire. Car si je me lasse, qu'allons nous devenir ? Certes nous nous entendons à merveille, et le sexe n'est pas le seul fondement d'un couple, mais sans lui, n'allons nous pas devenir un couple de meilleurs amis ? Est-ce que le sexe différencie l'amour de l'amitié ?
Voici un peu le marasme dans lequel je me trouve en ce moment, et çà me déprime.. Je suis dans un sale cercle vicieux, j'essaie de m'en sortir, merci de ta patience te de tous ces efforts que tu fais au quotidien pour m'aider, pour être un homme parfait (j'essaie de ne pas trop culpabiliser, promis).
Je t'aime.

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