Le cadeau refusé

Tu n'as pas dit un mot, pas fait un geste, mais je me suis arrêté net.
Tu m'attendais, bien entendu. Tu savais que j'arriverai assez vite. J'avais éteint mon ordinateur et la lumière de l'escalier, j'avais couché le chien. Tu savais que j'allais me déshabiller dans le couloir puis mettre mes vêtements dans la panière avant d'entrer dans la chambre, nu, mon jean à la main. Tu avais soigné la mise en scène. Juste assez désordonnée pour ne pas me donner l'impression de m'attendre depuis longtemps. La lumière discrètement baissée, assez douce pour créer une ambiance, assez forte pour que les ombres soulignent le spectacle.
Ton cul, dressé, offert.
Ton corps, abandonné. Ta tête dans l'oreiller, tes épaules et tes seins perdus dans la couette.
Quelle cambrure ! Je sais que tu en es fière !
Il ne manquait que le panneau « prends-moi ».
Mais je suis un malotru. Tu le sais très bien.
J'ai marqué un très court temps d'arrêt. M'as-tu entendu sourire ? J'ai posé mon jean sur la chaise. Juste assez fort pour que tu puisses suivre mes mouvements. Je me suis approché de toi, j'ai tourné, un peu, autour du lit, pour te regarder. Tes fesses. Ton dos. Tes cheveux. Tes épaules. Ton sexe. Ton sexe, bien sûr. Tu veux une levrette, tu la veux violente, mais tu ne sais pas si ce soir, je me plierai à tes désirs, ou si je jouerai à les contrarier. Je sais que tu as entendu le bruit de mes lèvres quand j'ai souri, je sais que tu devines. Tu gémis de frustration, mais tu ne bouges pas. Je sais que tu te vengeras.
J'ai ouvert le coffre à jouets. Tu m'as entendu fourrager un peu dedans. Tu as entendu le bruit des sangles de cuir, tu m'as entendu jeter des objets sur le lit. Légers. As-tu reconnu la cravache ? J'ai décidé de la poser en travers de tes mollets. J'ai un peu écarté tes jambes, j'ai placé les menottes de cuir autour de tes chevilles. Pour la forme. Tu t'offres à moi ? Tu exiges mon sexe en m'offrant le tien ? Très bien. Mais d'abord, je jouerai selon mes termes. Je veux que tu me supplies. J'espère simplement que tu ne le feras pas trop vite : je veux jouer. Entre tes jambes, j'ai posé un petit tube de plastique, un toy simple et sans prétention. A peine plus qu'un crayon. Mon pénis s'est dressé, mais tu ne le vois pas. Tu ne vois rien, tu ne bouges pas. Je te regarde respirer. Tu attends.
Et moi j'ai quand même envie de te donner ce que tu demandes. Mais. Non. Je vais jouer avec ta frustration, je jouerai aussi avec la mienne. Je monte sur le lit, à genoux. Pour que tu te demandes encore, si, en réalité...
Je pose ma main droite sur le bas de ton dos, fermement, et doucement. Pas de réelle sensualité, juste un premier contact, pour briser la tension, et... la faire renaître. Je laisse ma main glisser sur ta fesse droite, effleurer ta cuisse, je fais attention à ne pas être trop léger. De ma main gauche, je verse doucement le silicone liquide sur la naissance de ta raie. Le fluide épais et tiède tombe goutte à goutte. Je te vois frémir. Ton anus palpite tandis qu'il passe sur lui et descend vers ton sexe. Tu t'ouvres.
Tu trembles. Avec mon pouce droit, ma main posée sur ta fesse, je dessine ton sillon passant au ras de ton sphincter impatient, glissant ensuite vers ta grande lèvre, attentif à ne pas m'immiscer – pas encore ! - dans l'humidité de ta vulve. La caresse est fluide et forte, facilitée par le silicone. Je fais le même geste avec ma main gauche, prenant tes fesses, tes cuisses, l'extérieur de tes grandes lèvres, sans jamais toucher ni ton anus, ni ton sexe. Tu t'ouvres, tu t'impatientes, tu te tortilles, la cravache glisse sur tes mollets. Le cuir épais des menottes te retient, pour la forme. Tu es à moi, je veux te le signifier autant que ton cul fièrement offert me hurle  : « tu m'appartiens ! »
Je te caresse, mes mains fermement posées sur ton corps, je te masse, je te tente et effleure si souvent tes lèvres et ton anus, tu n'en peux plus, alors je cesse : je pose ma main à plat sur ton sexe. Je ne bouge plus. Je respire fort, à en trembler, tu devines, évidemment, mon érection.
J'enlève ma main et cette fois, je prends le jouet. Je le fais glisser sur ton périnée, puis je l'immisce à l'orée de ton sexe. Je caresse tes petites lèvres, l'entrée de ton vagin, ton clitoris. Tu écartes les cuisses autant que tu peux. Tu te cambres encore. Je pose mon pouce sur le capuchon de ton clitoris, et, doucement, avec le jouet de plastique, je commence à te pénétrer, caressant de préférence le renflement du corps de ton clitoris, cherchant tes points de plaisir. Je te vois mouiller, je contemple la cyprine qui perle à la lisière de cette intimité. Pour appuyer mon mouvement, je tiens le jouet entre le pouce et l'index. Mon majeur est posé sur ta fesse, mais, doucement, je le fais glisser vers ton sphincter, qui l'accueille avec gourmandise. Je ne rentre pas, je caresse, je masse, je cajole : ton anus, ton clitoris, tes grandes lèvres sous mes doigts, tandis que le jouet entre et sort, entre, et sort. Entre. Et sort. Mon majeur, enfin, s'enfonce dans ton trou, sans aucun effort. C'est une douce caresse intérieure, je n'ai même pas vraiment l'impression de te pénétrer, et je lâche le jouet tandis que mon pouce descend le long de ton périnée pour entrer dans ton vagin. Mon index rejoint mon majeur dans ton cul. Tu soupires de plaisir. De mon autre main, je n'ai pas cessé de jouer avec ton clitoris et tes petites lèvres. Tu n'en peux plus : moi non plus. Tu ruerais presque lorsque mes doigts se touche à l'intérieur, à travers les parois. Tu en veux plus, beaucoup plus, et je n'ai plus envie de jouer. Enfin, je ressors. Tu ne bouges plus, car je ne te touches plus. Je vais enfin te donner ce que tu réclamais.
Mon sexe, dans le tien. Mes mains, sur ton bassin. Avec toute la violence que j'ai contenue dans la douce fermeté de ces caresses : il est temps de lâcher les rênes.

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