Désir et désirs

J’étais dans ma voiture. Excité à bloc. J’atterrissais à peine, et, sur le parking de l’aéroport, je bouillais. Je savais que tu n’étais pas très loin, Éloïse. En train de travailler, mais sans doute pas pour très longtemps. Il était à peine 10h du matin, et la journée pouvait être à nous. L’après-midi, au moins. J’avais envie de toi, mais tu n’étais pas là, tu ne répondrais pas. Pas avant longtemps.
J’atterrissais et j’avais envie de sexe, sans vraiment savoir pourquoi. Envie, tout simplement. Du désir, brut, non dirigé, non contrôlé. Une chaleur dans mon bassin, une pulsation dans ma prostate. J’avais envie de sexe. De sexe, de n’importe quel sexe, mais de sexe. Pas du porno, du direct.
Je pouvais rentrer à la maison, attendre que toi aussi tu reviennes. Ou… nous pourrions aller en club, si je patientais. Si tu répondais. Si tu avais, toi aussi, envie.
Et pendant ce temps je discutais. Avec elle, et elle. Je t’envoyais des sms auxquels tu ne répondais pas, et elles répondaient, elles, à mes messages.
Jusqu’à ce que je réalise : j’avais envie de sexe, douloureusement, précipitamment, sans retenue ni contrôle. Du désir, brut.
Mais vous étiez trois ? Et je vous parlais, à chacune de vous – même si avec toi, je monologuais. J’ai eu un instant d’arrêt. A quoi donc ressemblais-je ? A un excité juste bon à défouler sa frustration en abusant de vous ? J’ai arrêté d’écrire, et j’ai relu mes messages. Du désir, oui. Mais aussi... des désirs.
Des désirs différents. Mon ton, mes mots, mes fantasmes… différaient tant selon les conversations. J’ai recommencé à écrire, non pas apaisé, mais émoustillé : oui, je ressentais un désir protéiforme, impatient, aveugle, et en même temps avec chacune d’entre vous il se métamorphosait, il s'incarnait, y compris dans des fantasmes qui ne se réaliseraient peut-être jamais. Un polydésir sincère. Un désir soumis, un désir dominant. Un désir homo, un désir hétéro. Un désir violent, un désir patient. Des facettes, des reflets, de vous, de nous. Non pas un oubli de moi, ou un manque de consistance : plutôt la souplesse de l’amant, qui retrouve avec chacune voire chacun différentes facettes de sa personnalité.
Une stimulation, un dialogue.
De mot à mot, de désir à désir, de corps à corps.
Je désire.
Je vous désire.

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