Le club (1)

Une reine. Elle se laisse flotter dans l’eau chaude du jacuzzi, ses boucles brunes, sa couronne, flottent autour de son visage. Elle ferme les yeux, apaisée, un sourire indéfinissable sur les lèvres. A demi-assis, je maintiens son bassin contre le mien, mon sexe, dans le sien. Nous ne bougeons pas, fusionnels, mais je l’ai laissée s’écarter de moi, ses seins affleurent à la surface bouillonnante, cambrée, elle s’oublie. Le point focal ? Cette chaleur dans nos bas-ventres. Nos sexes comme notre amour, inextricablement mêlés. Je regarde ces mains, ces corps qui se rassemblent, ces hommes qui s’assemblent, spectateurs, de plus en plus nombreux, de plus en plus audacieux. Leurs mains qui courent sur sa peau... je sens leurs doigts sur ses fesses, sur ses cuisses, sur ses hanches, je les vois, sur ses épaules, sur ses seins. Volages, furtifs, impatients, ou insistants. Ses mains à elle ont disparu. Je les devine joueuses et aguicheuses, saisissant sans hésitation leurs vits offerts. Les encourageants à s’approcher. Ne repoussant aucun d’entre eux. Certains me regardent, curieux. Je suis silencieux, souriant. Je la garde contre moi, son bassin, et le mien. Je passe ma main dans son dos, la ramène contre moi, glissant juste ces mots à son oreille : « je t’aime ». Elle sourit tandis que je la laisse s’écouler à nouveau. Je suis son pivot, ils sont ses rayons. Souriants, excités, impatients, je ne peux que deviner leurs fantasmes et leurs désirs. Je sens leurs mains effleurer ma peau excitée. Je la maintiens et je leur crie, en un silence assourdissant : « Admirez-la ! Désirez-la ! Elle est à moi, aussi longtemps qu’elle le voudra ! Nous sommes la semence dans la matrice, attroupée autour de l’œuf, mais je suis le seul, le seul à à entrer ! »
Le sang palpite à mes tympans, le pouls insistant du désir, de la luxure. La fierté et le doute, l’humilité et l’arrogance. Je l’aime. Elle m’aime. Et ils sont là pour elle. Pour nous ?
Ses mains, sur leurs sexes, s’accordent au rythme de leurs désirs. L’un d’eux, déjà, s’est écarté, rassasié. Elle sourit quand, une nouvelle fois, je la ramène contre moi, lui susurrant des mots d’amour et de désir. Quand je la laisse doucement s’écarter, qu’ils s’agglutinent, je souris, leur cédant, semblerait-il, cet accord tacite de celui qui offre celle qu’il possède, sa femme. Mais qui serais-je pour offrir ce qui n’appartient qu’à elle ? Je sais ma place, et je souris ces mots : cru, rieur, arrogant, provocateur : « je suis bi, qui, qui voudra être sucé par un un homme et sa femme ? »
Dans l’obscurité du grand jacuzzi, je vois les mouvements se préciser. Des dos qui se tournent et s’éloignent, mais aussi des dents blanches, des sourires éclatants, un désir joyeux qui s’épanouit, l’envie du jeu.
« Moi, moi, je suis bi, moi, oui ! »
« Je, je n’ai jamais, mais… j’en ai toujours rêvé. »
Mes lèvres se referment sur sa verge, dressée et impatiente, ma main contre sa cuisse, contre ses couilles. Des sexes, partout, autour de nous, je les vois s’approcher d’elle, de moi, de nous, de nous. Ma bouche sur cette verge, ma langue qui explore les replis sous son gland, qui forage avidement son méat, ma gourmandise, ma frénésie, je le veux, il se cambre, se pétrifie. « Je, je n’ai jamais, mais… j’en ai toujours rêvé. » Moi aussi. Mes mains qui courent, les aller-retour, les caresses, je le veux, je l’aspire, l’avale et l’engloutis, il pose ses mains sur ma tête, je ne lui laisse, je ne me laisse aucun répit, rapide et violent, puis lent et langoureux, je sens les spasmes, les timides premières gouttes à l’entrée de ma gorge et sur ma langue. Je savoure. Son plaisir. Mon désir. J’ai oublié la salle obscure, je devine du coin de l’œil mon amour et sa cour. Sa cuisse est posée près de la mienne. Je le suce, comme si jamais je n’avais rien d’autre n’avait existé, il se tétanise, je sens son plaisir monter, les spasmes de son bassin, je ralentis, je l’enveloppe, le prend entre ma langue et mon palais. J’appuie, je tête lentement, mais sans lui offrir le moindre répit. Il jouit. Il jouit. Il jouit.
Il se penche ; je savoure. Lui aussi. Il se penche, et m’embrasse doucement. « Merci ». Puis il s’éloigne. L’oubli. Devant moi, un jeune homme, un sourire, des tâches de rousseur. « Moi ? Moi aussi ? »
Oui.

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