Oulimots S36 5/09 : Joie, une contrainte !

Contrainte : Envie, caduque, tirelipompon, joie, verdure, bovin, végan, endorphine, contrainte Je n'ai jamais le temps d'écrire pour les oulimots. Et puis, ce jour là, au travail, j'ai eu une demi-heure. Et une idée. Le but du jeu : écrire dans le temps imparti un texte respectant une ou plusieurs contraintes. Cette fois-ci, les mots listés ci-dessus. Pour les idées des autres, c'est ici !

Grommelant dans sa barbe, Benjamin repoussait l’aliment de ses bovins vers le cornadis. Dans sa combinaison verte un peu trop serrée à son goût, il commençait sérieusement à transpirer. Il ouvrit la fermeture éclair jusqu’à son nombril, posa un instant sa pelle et pris le temps d’essuyer la sueur sur son front. Il contempla quelques minutes le jeu de la poussière avec les rayons de lumière dans sa stabulation, se remémorant – une fois de plus ! – la journée de rêve passée il y a déjà trois semaines avec Béatrice. Béa. Un sourire de joie illumina son visage, puis il se renfrogna en repensant que tout était déjà caduque. Son sourire reparu un instant quand il se remémora ses boucles blondes, son air sévère et joueur tout à la fois, ses yeux bleus et sa robe légère.
Elle était arrivée à l’improviste dans sa ferme, se garant devant sa stabulation dans un grand nuage de poussière. Ils discutaient depuis peu sur l’appli, il lui avait dit où il habitait. Elle était venue, sans prévenir, sur un coup de tête, suivant un désir, ou une envie. Il avait commencé par se décomposer dans sa combi verte maculée de sueur, avec ses bottes en caoutchouc et sa pelle. Elle lui avait souri, elle avait regardé la paille dorée et la poussière dans les rayons du soleil, le poil brillant de ses vaches, elle avait écouté le silence à peine perturbé par le vol des mouches et les mouvements des bovins. Puis elle l’avait embrassé, elle avait abaissé la fermeture éclair de sa combinaison, s’était emparée de son sexe et l’avait lentement léché, avant de l’engloutir. Il n’avait pu dire un mot, il était resté là, idiot paralysé, avec elle à ses genoux. Il avait senti le plaisir monter, sa main qui se glissait sous le tissu de sa combinaison, qui caressait son scrotum, et lui, lui, il regardait tour à tour ses boucles, ses vaches, ses épaules, la paille, ses mains, ses deux taureaux. Elle avait cessé ses va et vient pour le fixer dans les yeux. Gêné, il n’avait pu détourner le regard de sa langue jouant avec son gland. Elle s’était relevée, elle l’avait à nouveau embrassée, libre et sans contrainte. Il l’avait soulevée avec la facilité de ceux qui travaillent chaque jour de leurs mains, elle s’était laissée portée dans ses bras, telle une princesse. Il l’avait déposée dans la paille fraîche et, sous le regard approbateur de Tirelipompon et Chihuahua, ses taureaux, il l’avait lentement déshabillée. Elle n’avait cessé de le fixer de ses grand yeux bleus. Aimait-elle ses muscles longilignes, sans artifices, sa barbe brune, ses cheveux bouclés, ses yeux presque noirs ? Il avait plongé sa bouche entre ses cuisses, et, dans cet écrin de verdure aux creux des collines, ils avaient fait l’amour avec tendresse, avec fougue, avec lenteur, avec passion, jusqu’à rendre les armes et à s’abandonner au plaisir et aux endorphines. Il était tombé instantanément amoureux. Elle avait juste suivi ses envies.
Il se remémora encore son cul trempé par la sueur et la cyprine alors qu’elle se rhabillait devant lui. Son dos. Son sperme qui finissait de sécher sur sa cuisse.
Son dernier regard alors qu’elle s’était penchée une ultime fois sur lui pour l’embrasser.
Ses sourcils.
Ses derniers mots, alors qu’elle balayait la stabulation du regard : « je ne comprendrai jamais les végans ».

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