Sans pizza

Une pizza. Une reine. Ou une veggie. Pas un de ces saloperies aux anchois… de toute façon, on n’en trouve plus, l’humanité progresse. Qui peut-bien avaler ces saletés d’anchois ?
Ou bien. Jambon, ananas ?
De toute façon cette soirée est un cliché. Seule dans son canapé, à moitié nue avec son vieux legging-pyjama et sa polaire informe et trouée. Netflix qui ronronne à la télé, sans parvenir à la capter. Elle sait bien qu’elle devrait porter un genre de chemise de nuit en soie. Un de ces trucs satinés qui glissent tout seuls pour révéler un téton « arrogant » ou « provoquant ». Elle a les seins qui tombent alors, elle les prends dans ses mains, bien au chaud sous sa polaire. Joue avec leur poids, leur élasticité. Imagine, peut-être, d’autres mains. Ou juste les siennes, qui font glisser le tissu élimé sur ses pointes.
Jambon et ananas. La voix blasée de l’employé de la boîte à pizzas ne l’a pas trop émoustillée. Au temps pour les clichés.
Dans quelques dizaines de minutes, un inconnu va gravir son escalier. Il va sonner, elle sera toujours aussi mal déshabillée. Bien sûr qu’elle pourrait en profiter. Enfin, à condition qu’il soit intéressé. Son copain n’est pas là, et de toute façon il est avec une amante, probablement à manger une de ces pizzas prétentieuses qui se la jouent authentiques. OK, ils s'en sont tout deux donné le droit, mais elle est bien contente de son choix d’ananas, du coup.
Le livreur arrivera en scooter. Avec un jogging, c’est certain. Il aura un accent du coin. Ou bien un accent lointain. De toute façon, c’est la même galère pour chacun. On ne fait pas ce métier là par choix… Dans un de ces films, il aurait un jean moulant, il ne porterait rien dessous, il aurait une veste en cuir et une chaîne en or, il serait parfaitement rasé, avec un filet de barbe taillée à la perfection pour renforcer l’angle de sa mâchoire. Et elle elle aurait cette foutue chemise de nuit en satin. Ou une nuisette. Qu’est-ce qui est plus inconfortable qu’une nuisette, ça glisse tout le temps, évidemment que ça sert juste à se foutre à poil ! Elle, elle préfère sa doudoune en peau de wookie.
Le mobilier de l’appartement, non plus, ne convient pas. La table basse conforama, le canapé clic-clac un peu défoncé, les fringues qui traînent partout, le magazine de jeux de rôles rétro (casus belli, c'est quoi ce nom ?) avec sa pin-up trop bien gaulée... Perdant le fil de ses pensées, sa main s’est égarée. Elle a glissé de son sein droit, est descendue vers sa toison, sa forêt de poils obscure, son index joue à l’orée de ses lèvres, tandis que sa main gauche caresse distraitement son téton, jouant avec le sein comme avec l’aréole, plus curieuse qu’excitée. Ses doigts caressent son pubis, à la jonction de ses cuisses, elle profite juste de la sensation, sans préméditation. La rondeur de son ventre, ses hanches, elle glisse, elle aime sa peau, elle râle sur ses défauts, mais elle chauffe doucement en laissant ses doigts errer au hasard. Effleurer ses petites lèvres qui dépassent discrètement. Les pincer, mais à peine. Sa respiration change, elle en a à peine conscience, pourtant, elle a basculé son bassin, elle s’est un peu ouverte, elle s’est détendue et ses doigts ont trouvé sans peine la pointe d’humidité qui perlait. Elle mouille et étale le liquide élastique sur le sillon de ses lèvres, dessine son sexe de la pointe du doigt, évite son capuchon. Elle sent le battement dans le bas de son ventre, cette pulsation qui l’attire, ses doigts se font plus directifs, ils écartent sa vulve, caressent l’entrée de son vagin, filent étaler sa cyprine sur son périnée. Elle coule comme jamais, d’habitude il faut la lubrifier, la cascade dans la forêt, c’est chaud et c’est doux et c’est bon et ce sont trois doigts qui crochètent désormais son clitoris et le plafond de son vagin.
Elle est à quatre patte, le cul en l’air, elle halète et ses doigts vont et viennent et le liquide humecte son vieux legging, elle écarte le tissu à chaque passage de sa main, elle se sent trempée, elle colle à son pyjama, elle glisse dans ses creux et ses courbes, elle étale la mouille partout sur ses cuisses, sur son ventre, c’est froid et c’est doux et c’est bon, elle adore être trempée, sa cyprine filante et visqueuse, sa salive à lui, mais il n’est pas là, elle voudrait son foutre mais il bouffe des anchois !
Alors elle se redresse, le livreur va arriver. Et puis elle retombe, vaincue par ses doigts inexorables, qui retrouvent le chemin de son cul et de son con, elle n’a trouvé qu’un stylo pour avoir un support sur lequel contracter son anus, tant pis, ça suffira, l’idée lui suffit de tout façon, elle halète, adossée à la porte, les jambes grande écartées, avachie sur elle-même, ses tétons pointés continuent de frotter sa polaire à chacun de ses mouvements, elle appuie sur le bouton quand il sonne en bas, et puis elle continue, elle lui ouvrira, trempée, décoiffée, rouge de désir, sa salope détrempée, elle va se donner à ce type inconnu dont elle ne sait même pas à quoi il ressemble, et il la fera jouir avec sa putain de pizza à l’ananas !
Elle a quatre doigts dans son vagin, elle voudrait un poing mais elle n’y arrive pas, et puis de toute façon c’est pas pratique, et puis son vagin se serre sur ses doigts, elle se tend, il frappe à la porte, et de toute façon merde, merde, merde ! Plusieurs minutes, elle crie son plaisir, sa jouissance, son désir, son explosion solitaire, elle tremble et fait trembler la porte, ses spasmes emportent sa raison, elle tape du poing dans le bois, manque se mordre les lèvres, elle bave, son clitoris pulse sous son pouce, elle appuie juste comme il faut, juste quand il faut, juste ce qu’il faut pour porter et magnifier son orgasme, merde !
Qu’est-ce qu’il a dit ?
« J’ai laissé la pizza » ?
Ou bien quoi ?
Elle parie qu’il s’est barré, et qu’elle n’aura rien à manger.
Gagné.
Et le stylo est tombé.

Texte improvisé sur une suggestion de Bruno Bellamy, un soir désoeuvré.
Aucune garantie de réalisme quand à la masturbation féminine, n'hésitez pas à vous foutre de moi
J'ai réalisé après coup que dans ma tête, cette femme était en couple libre et juste un peu frustrée que son mec mange des pizzas avec une autre nana (parce que ça pourrait très bien arriver chez moi), mais je ne l'ai pas écrit, a priori. j'ai modifié le texte en conséquence en le portant depuis Twitter jusqu'ici.

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