Elle et lui et moi

Ils n’ont rien dit lorsque je me suis déshabillé. Ce jeu là… je ne l’ai pas encore pratiqué. J’essaie de rentrer un peu le ventre, de bomber le torse, aussi, sans en avoir l’air. Je déboutonne ma chemise, lentement, sous leurs regards. J’ai envie de leur plaire autant qu’ils me plaisent. Je ferme les yeux, puis je les rouvre, fixant sur elle mon regard. Elle est assise en tailleur sur le lit, sa jupe très courte, bien sûr, s’est relevée et ne cache rien de l’ombre de sa toison entre ses cuisses. Lui s’est assis sur un fauteuil, pieds nus, il a gardé son jean’s et sa chemise. J’ôte mes chaussettes, puis je le regarde à nouveau, il sourit. Ses yeux brillent.
Je déboucle ma ceinture, puis fais glisser mon pantalon au sol. Je ne bande pas encore vraiment mais mon boxer se tend déjà.
Il se lève, s’avance vers la valise et saisit les menottes de cuir noir. Dans un sourire éclatant, elle se redresse, lui tend les poignets, et se couche sur les draps, jambes écartées. Debout au pied du lit, je n’ai pas bougé, les yeux fixés sur son sexe, sur ses seins encore dissimulés par cette pièce de tissu dont je ne connais pas le nom, sur ses bas, sur le fuselage de ses cuisses, sur son enthousiasme lorsqu’elle s’installe confortablement, les bras désormais écartés, attachés à la tête de lit. Il s’assied maintenant plus près de moi, tout en lui caressant les jambes, avec toujours ce sourire… dont je me demande ce qu’il dissimule. Plaisir sincère ? Simple joie ludique ? Besoin de cacher son trouble ? Il lui passe les menottes de cuir aux chevilles, puis fait glisser une corde noire sous le lit, les attachant ensemble.
Elle n’est pas du tout écartelée et reste ainsi allongée, les jambes pliées, les pieds posés à plat sur le drap. Par contre, elle ne peut plus resserrer ses cuisses. Sans dire un mot, il se relève, et retourne s’asseoir sur son fauteuil. Il me sourit. J’ai envie de lui.
J’ai envie d’elle. Elle respire vite, elle a fermé les yeux. La lumière des deux lampes de chevet est agréablement tamisée, dans cette chambre d’hôtel confortable, qui sait se faire oublier sans être anonyme. Son mur de briques rouges restaurées. Ses pans de murs coupés, grands aplats mats où s’étirent les ombres des abats-jours. La large fenêtre et ses petits carreaux à croisillons derrière lesquelles la ville suit son rythme. Ce n’est plus le nôtre.
Je m’avance sur le lit, elle est à moi, mais elle est toujours à lui. Sa respiration s’accélère un peu lorsqu’elle sent mon poids creuser le matelas, lorsqu’elle perçoit mon souffle sur son mollet. Je la hume. Lentement. Je sens son odeur, sur ses bas, je m’avance doucement, à quatre pattes, mon nez frôlant le tissu tendu sur sa peau. Je la respire et elle le sait, elle le sent, elle l’entend, je m’imprègne de son parfum sans aucun artifice et cette fois, la tension dans mon boxer est à son comble. Mon sexe roide écarte même un peu le large élastique. Lui, je ne le vois plus, mais je me doute qu’il n’en perd pas une miette. Mon visage s’est approché très près de son sexe. Elle ne porte pas de culotte, et de ma main droite, j’ai repoussé un peu le tissu de sa jupe, qui lui est descendu sur les hanches, ne dissimulant plus rien de son pubis, du haut de ses cuisses, de son sexe ouvert. J’approche ma bouche, elle sent mon souffle sur ses grandes lèvres, mais je ne touche pas. J’ai une envie folle de me jeter sur elle, de la goûter, de la lécher, de la sucer et de la boire, mais nous attendrons.
Son odeur me rend dingue. Une promesse animale, primale, en harmonie avec sa respiration. Ma main descend sur sa cuisse, la caresse par effleurements, elle frémit. Se tend. Je joue avec l’élastique du bas, puis décide de le faire glisser. Il accroche. Agacé, je passe le pouce en dessous, le fait rouler, puis descendre. Lorsqu’il atteint son genou, je cesse mon geste, puis pose mes lèvres là où il serrait sa peau. La marque est profonde. J’embrasse à peine, effleurant, caressant de ma bouche, je sais que les poils de ma barbe et de ma moustache doivent la chatouiller un peu, alors de mes mains, j’enserre fermement et largement sa cuisse. Mes doigts suivent mes lèvres dans une cascade de baisers et de caresses, jusqu’à son genou, puis je fais descendre le bas jusqu’à sa cheville où je l’abandonne. Je jette un regard sur lui. Il a posé ses coudes sur ses cuisses, son menton sur ses mains. Discrètement penché en avant, il nous sourit et nous observe, les yeux brillants d’excitation. J’aimerais apercevoir son entrejambe, mais de là où je suis, je ne vois rien.
Je reviens vers elle et cette fois mes lèvres et mes doigts remontent sa jambe jusqu’à son aine. Je survole son sexe sans y toucher, puis répète la même chose sur son autre jambe. Je profite de mes caresses pour remonter un peu sa jupe. Je ne pourrai pas l’enlever puisqu’il faudrait la faire glisser… Je suis vaguement contrarié mais je regarde avec bonheur la rondeur de son ventre sous le tissu.
Je suis toujours à quatre pattes. Mon bras droit passe au dessus de sa jambe gauche, mon bras gauche au dessus de sa jambe droite. Elle sent mon poids enfoncer le lit de chaque côté de ses hanches, mais je ne la touche pas. Elle relève un instant sa tête jusque là basculée en arrière et me regarde. Une goutte de salive perle au coin de ses lèvres. Je rapproche mes cuisses des siennes pour me mettre à genoux, en prenant bien garde à ne pas la toucher avec mon sexe encore emprisonné par le caleçon. De mes deux mains, je détache les boutons de son chemisier, remontant vers ses seins, révélant la dentelle de son soutien gorge. J’écarte le tissu pour le faire tomber de chaque côté de son corps en me redressant. Puis je me penche en avant pour embrasser son ventre, faisant remonter ma bouche jusqu’à sa poitrine, jusqu’à la dominer complètement. Mes lèvres se posent sur la base de son cou, sur son menton, elle redresse son visage et vient chercher mes lèvres. Nos langues s’effleurent à peine, nous nous sommes déjà embrassés un peu plus tôt dans la soirée, nous cherchons à nouveau ce goût d’interdit qui nous avait alors emporté. Je l’abandonne à regret au bout de quelques minutes, mais je ne tiens plus dans cette position, largement au-dessus de son corps.
Je me replie alors vers le bas du lit. Elle garde les yeux fermés. Je ramène mon souffle entre ses cuisses, ses grandes lèvres ont gonflé, son sexe s’est ouvert. Je regarde les replis de chair et m’approche si près que mon souffle humide se gorge de son odeur. Je m’enivre. Puis je plonge. D’abord par petites touches, je lèche, je goûte enfin, ma langue passe entre les lèvres et joue avec son capuchon, cherche la cachette de son clitoris, explore les sillons jusqu’à l’entrée de son vagin, s’aventure plus bas, à la fin de son sexe, à l’orée de son périnée. Très vite, mes coups de langue se font plus larges, plus appuyés, mes lèvres se joignent au jeu et je perds le compte de mes baisers, de mes aspirations et de mes souffles, je halète, je n’en peux plus et je finis par faire glisser mon boxer qui me torture. Mon sexe, dur, bat entre mes cuisses, je me cambre et l’appuie à peine sur le lit, je l’ai complètement oublié, lui, ma salive se mêle à sa cyprine et je bois nos humeurs de plaisir. Je sais les gouttes qui coulent sur son périnée et dévalent son sillon, savoir que son anus doit être détrempé m’excite tandis que ma langue plonge dans son vagin, le plus profondément possible. Elle se cambre. Mes mains ont rejoint ma bouche et je la caresse autant que je l’embrasse, elle gémit et se tord, je sens son plaisir monter…
Il s’est levé, s’est approché du lit, je l’ai senti bouger. Je me demande un instant si je dois avoir peur, s’il va craquer. Mais je m’en fous, je ne peux pas décoller ma bouche de son sexe, elle va jouir et je ne veux pas en perdre une goutte, je ne sais pas depuis combien de temps je la lèche ainsi, j’ai perdu mes repères car à cet instant, il ne m’en reste qu’un et il est entre ses cuisses. Je suis un animal en rut et je la veux.
Je sens sa main à lui se poser sur ma fesse droite. Je m’immobilise instantanément, me demandant s’il veux que je me relève, que je lui laisse la place, et j’esquisse un mouvement de recul, décollant ma barbe détrempée de son entrejambe. Mais il me maintient en place, alors je reprends le cunnilingus. Mon index et mon majeur droits s’aventurent désormais dans son vagin, tandis que de mon pouce, je lui caresse le périnée en me tordant le poignet, me demandant si je vais le glisser jusqu’à son œillet… Sa main n’a pas quitté la pointe de ma fesse, j’essaie d’imaginer ce qu’il voit, mon cul grand ouvert, mes cuisses écartées, mon sexe et mes couilles qui battent au gré de mes mouvements. Mon crâne entre ses jambes, et elle, elle dans toute sa splendeur, elle qui plonge vers l’orgasme et qui jouit, qui jouit de spasmes silencieux, les dents serrées de plaisir. J’ai cessé de bouger dès les premières contractions de son orgasme, gardant ma bouche autour de son clitoris, mes doigts dans son vagin, le savourant lorsqu’il les serre et se desserre.
Lui a avancé sa main sur mon dos, il me maintient en place, me faisant clairement comprendre que je ne dois pas m’écarter. Au bout d’une minutes environ, tandis que les mouvements spastiques autour des mes doigts s’évanouissent, je recommence à téter doucement son clitoris. Cette fois, elle ne peut retenir un râle de plaisir. Moi, je sens sa présence à lui, derrière moi, et ça m’excite. Ça m’excite mais lorsque sa main, qui était remontée sur ma hanche, me maintient un peu plus fermement, je manque rater une respiration. Je viens de sentir sa salive tomber sur le haut de mon sillon, et couler sur mon anus pour s’échouer sur mon scrotum épilé. Je frémis. J’étais un mâle en rut, je deviens une femelle à l’affût. Sans abandonner le sexe de son épouse, sans cesser le la lécher et de la caresser, je suis attentif au moindre de ses mouvements. Une deuxième goutte de salive, énorme, a suivi le même chemin que la première. Je m’ouvre, je le sais, et je sais qu’il regarde. Je sens, impatient, ses doigts caresser mon sphincter, puis doucement, l’écarter. Je ne bouge presque plus mais je n’ai pas cessé de la lécher, même si, je le sais, je ne peux pas maintenir la même concentration. Elle a bougé, je sais qu’elle le regarde. Est-elle incrédule ? Impatiente ? Je sens les doigts s’enfoncer plus profondément dans mon anus, constater qu’en quelques instants, ils passent sans difficulté. Son autre main s’est refermée sur mes couilles, il me caresse et j’adore ça, je ne lèche plus, je suis sa chienne, je suis sa chose, nous n’avions rien prévu de tout ça même si je n’avais pas manqué de signaler que j’aimais les hommes tout autant que les femmes. Il n’avait rien répondu. Je sens ses doigts qui jouent à m’ouvrir, puis je le devine qui bascule son corps sur le lit, à genou. Je relève mon cul, et je sens enfin ce que je n’en pouvais plus d’attendre depuis sa main sur ma hanche : la pointe de son gland qui cherche l’entrée, doucement, mais fermement. Je reprends ma respiration, cela fait si longtemps que ça ne m’était pas arrivé, je me détends, il me pénètre. Il me pénètre et je ne peux m’empêcher de reculer mon bassin pour venir, au bout d’une interminable minute, appuyer mon cul contre lui. Je sens ses couille effleurer les miennes. Il a posé ses mains sur mes hanches, il ne bouge pas. J’ai mal, un peu, mais j’adore ça et, doucement, je commence à bouger. Il en profite pour suivre le mouvement, et ses aller-retour deviennent de plus en plus amples, mais doux, appuyés, j’entends sa respiration concentrée, son plaisir évident.
Alors je me rappelle soudain du sexe féminin sur lequel est posé mon menton, et je reprends sans aucune retenue, mes baisers et mes caresses. J’ai sorti mes doigts de son vagin, j’ai besoin d’eux pour me tenir à ses hanches à elle tandis qu’il poursuit ses longs et puissants mouvements, je sens qu’il contrôle, mais que son plaisir le déborde. Je ne sais rien de ce qui se passe en moi, ma prostate et mon rectum sont un incendie de plaisir, je brûle complètement et je ne sais plus ce qui est douleur et bonheur, je sais simplement que mon sexe est prêt à exploser, comme le sien à elle qui se cambre à nouveau et offre son anus à ma langue avide, malgré ses mouvements limités par la corde.
Doucement, il ralentit. Essaie-t-il de se retenir ? Je veux le sentir jouir en moi ! Non. Il se penche sur le côté, et j’entends le bruit d’un emballage de capote qu’on déchire. Il se penche en avant et le glisse sous mon ventre. De ma main droite, je saisis le préservatif et le déroule maladroitement sur mon sexe, puis je me redresse, abandonnant les cuisses trempée de salive, de sueur et de cyprine. A quatre pattes, je la regarde, le sexe de son mari dans le cul, tandis qu’il me fait avancer. L’exercice est compliqué et nous sommes maladroits. Il détache la corde en se penchant à nouveau, elle bouge un peu se se cambre, je détache son poignet lorsque je me retrouve sur elle, et elle glisse, impatiente, sa main entre nous pour guider mon sexe en elle.
Aucun d’entre nous n’a prononcé un mot. Je me laisse glisser en elle en espérant ne pas le perdre, lui. Il bascule vers l’avant et son sexe s’enfonce en moi lorsqu’il tombe. Son poids me pousse au fond, elle gémit, moi aussi, et puis il reprend ses mouvements, d’abord lentement, puis de plus en plus rapide. Je ne peux presque pas bouger mais mon bassin suit le sien, ses couilles frottent les miennes, je le sens haleter et perdre le contrôle de ses aller-retours, il me déchire et j’adore ça, je veux le sentir jouir et il explose, il explose et se laisse tomber sur nous, me collant à elle qui continue, malgré tout à se caresser sur mon sexe profondément enfoncé. Je sens son corps poissé de sueur, sa respiration difficile, il se redresse à peine et je l’expulse doucement, à regret, une fois qu’il a finit d’éjaculer.
Une fois libérée de son poids, elle pose sa main sur mon cul et m’encourage. A mon tour, je perds le contrôle et me lance dans une salve de mouvements violents et rapides désynchronisés, j’espère qu’elle va jouir et je ne sais pas si c’est le cas mais elle râle de plaisir tandis que j’explose et me vide en elle comme si c’était la seule chose qui comptait dans cet univers...

Texte improvisé le 25 avril 2020, sur suggestions de LibNoa et Bruneline

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